Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
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"... il faut croire. Pas croire aux choses troubles que le monde façonne ; pas croire aux idées (fussent-elles les plus nobles !) ; pas croire aux nations ou aux continents ; mais croire en la vie, qui est là, toujours là quoi qu'il arrive, qui est réelle ; qui est certaine, qui n'est pas une fiction ni une aventure de l'esprit, mais une réalité profonde et dense que nous pouvons envelopper, par laquelle nous pouvons nous laisser mesurer.. Il ne faut pas douter, petite Amie : il faut croire. ... Aucun refus, Madeleine, aucune appréhension, même en se souvenant des réveils au goût de cendre, des matins aux promesses menteuses, des soirs où les sirènes attendues n'ont pas surgi des flots. Ca été beau de sentir les promesses nous frôler, et les attentes ont enrichi notre coeur. Ainsi cette voix amie qui vient vers vous, de loin, cette voix qui a connu la douleur, qui s'est abreuvée d'absences, n'a qu'une devise à vous proposer : la sienne : "Aimes et crois !"
"Amours, regrets..." On ne regrette pas quelque chose à travers quoi on a donné son mieux et sa plénitude. "Impression d'avoir manqué tant de choses"... Non, Madeleine, on ne manque que ce qui n'est pas encore mûr, ce qui n'a pas encore rejoint sa lourde définitive maturité. Notre vie, et surtout notre vie sentimentale, a le tort de trop se gaspiller en ébauches, en esquisses, : ou peut-être c'est juste, mais il faut en retirer un accroissement, non une diminution.
Moi, je pense à vous, silencieuse, qui ne répondez plus aux signes de mon âme. Et je voudrais seulement savoir si vous êtes bien. Etes-vous bien, Madeleine ? Etes-vous paisible ? C'est une question, mais c'est surtout un souhait.
... Il faut se redresser, Madeleine, et offrir au Destin un visage gravement confiant. Pas la confiance aveugle des faibles et des ignares : la forte confiance de ceux qui savent et qui ont donné consciemment à la vie leur adhésion. Aujourd'hui, plus que jamais, c'est de cette confiance que le monde a besoin. Et d'amour, et d'amitié, et d'élans fraternels...
Croire, croire surtout, Madeleine. Il y a une saison lente à naître qui se prépare pour les hommes, et l'horreur d'aujourd'hui était peut-être nécessaire pour mieux la mûrir... Mais le printemps des hommes est lourd à naître. Car l'homme doit trier ses routes et plus d'un sort est tapi dans son coeur..."
Extrait de "Ecrivez-moi, Madeleine" - Ilo de Franceschi - Edition l'Aube poche
Une correspondance emplie de beauté, de tendresse et de sincérité entre Madeleine ALLAIN et Ilo de FRANCESCHI (engagé dans la Légion étrangère en 1937 à la suite d'une déception amoureuse avant de rejoindre la Résistance en 1942). Rien jamais ne s'est passé entre Ilo et Madeleine, sinon cet échange épistolaire débuté à la suite d'une erreur de distribution de lettre... Apprenant son décès en 1985, Madeleine décide ultérieurement de publier les lettres pour lui rendre hommage. Et le "miracle" des hasards a voulu que Madeleine repose aujourd'hui à quelques mètres à peine de son grand amour jamais rencontré.
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