Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir,
Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages...
Parce que l'intimité se crée par le langage,
Et l'amitié par les lignes en partage.
Ce matin, j'ai trié plusieurs cartons de livres qui dormaient depuis de nombreuses années dans mon grenier. Je n'aime pas me défaire de mes livres. Ils sont comme des trésors, témoignent des préoccupations de nos vies et, à l'instar d'un refrain de chanson, il suffit de s'en emparer quelques années plus tard pour faire rejaillir une foule d'images...
J'avais 18 ans. Je préparais mon B.A.F.A. pour devenir animatrice de colonies de vacances. Vers la fin de mon stage, un soir, quelqu'un a sorti sa guitare. Une voix claire et toute douce s'est emparée de l'air que nous respirions, l'a fait vibrer sans rien forcer, s'est propagée jusque dans notre âme, et aux paroles de cette chanson, tous - filles et garçons - nous sommes restés muets :
"{Refrain:} Je t'ai guetté, mon corps Et tu as fait semblant De retenir le sang De mon île au trésor Je t'ai guetté mon corps Et sur le bout des doigts J'ai compté les neuf mois Qui mènent jusqu'au port
1. Et j'ai laissé mes mains Se promener sans fin Au flanc de mes collines Où la vie se dessine Avec au bout du cœur L'espoir d'une rondeur Qui hésite à paraître Et s'étonne de naître
2. Et j'ai senti le lait De mon jardin secret Venir à pas de sève Au devant de mon rêve En bousculant mes seins Dans leur vie de satin Pour abriter la source Au berceau de sa course
3. Je t'ai pleuré, mon corps Et le fruit s'est perdu Quand mon ventre s'est tû Dans sa petite mort Je t'ai pleuré, mon corps Mais, je retournerai Dans le jardin secret De mon île au trésor." (extrait sur Starzik)
A travers la voix de Chantal, dans le profond silence respectueux, nous venions de découvrir MANNICK, de son vrai nom Marie-Annick RETIF (ex membre du groupe 'Les Collégiennes de la chanson").
Jusqu'à minuit, nous n'avons pas quitté la salle du Foyer qui nous accueillait. Chantal dont je n'ai pas oublié l'immense gentillesse, nous a charmés. Nous nous sommes perdues de vue, mais je me souviens encore de son papier à lettre lilas et blanc, de ses enveloppes qu'elle fabriquait elle-même.
Aujourd'hui, à l'occasion de ce rangement, est retombé entre mes mains cet ancien livre paru chez KARTHALA en 1981, contenant une interview de Mannick et plusieurs de ses textes. Ils sont toujours dans ma mémoire, eux aussi. J'en ai essayé certains à la guitare à mon tour (lamentablement !).
"Berceuse pour un enfant à naître" "Je sens que tu es là, enveloppé de nuit, J'écoute sous mes doigts mon ventre qui frémit. Je ne sais pas encor' où cognera le fruit Ni le cri de mon corps en m'arrachant ta vie. Reste au creux de moi, Mon enfant, mon tout petit Reste au creux de moi, Le voyage n'est pas fini. Je suis ton horizon, ta bouche et ta chaleur, Ma plus belle chanson c'est le pas de ton coeur. Et quand revient le soir tu m'offres la douceur De tes sursauts bavards et je t'apprends par coeur. Reste au creux de moi..... Tu glisses à travers moi, jusqu'à l'orée du jour, Où tu t'échapperas à force d'être lourd. Tu es le prisonnier de mon toit de velours et je ne peux manquer ton rendez-vous d'amour. Reste au creux de moi...."
"Je t'aime" Je t'aime au-delà de ton passé Au-delà de tes idées De tes goûts solitaires Je t'aime au-delà de tes passions Au-delà de tes soupçons Et de toutes nos guerres Je t'aime jusqu'au bout de tes refus Des mots que tu ne dis plus Qu'une fois par semaine Je t'aime jusqu'au bout de ton oubli Comme hier ou aujourd'hui Où tu n'es plus le même Je t'aime avec toutes les questions Que tu jettes sur ma vie Comme un vent de tornade Je t'aime avec le peu de frissons Dont tu peuples mon ennui L'espace d'une aubade Je t'aime à la force de mon coeur A la force de ma peur Quand tes yeux me délaissent Je t'aime à la force de mon corps Sans barrière et sans remords Dans mes puits de tendresse Je t'aime au travers des ambitions Que tu dresses comme un cri Pour me barrer la route Je t'aime au travers des illusions Que tu m'offres chaque nuit Pour apaiser mes doutes Je t'aime au devant des interdits Au devant des comédies Où le monde nous traîne Je t'aime au devant de chaque fois Où tu promets d'être là Pour me dire "je t'aime"
"Je viens du fond de mon enfance", ".Je viens du fond de mon enfance Et c'est vrai qu'il m'a fallu beaucoup d'année Pour rompre avec vous ce silence Mais pour moi ce n'était pas du temps gâché
J'ai glané mes chansons dans les rues de ma vie Je cherchais le bon ton et j'ai trouvé mon cri J'ai pleuré mes chansons en marchant sous la pluie De réponses en questions j'ai surtout désappris
Je viens du fond de mon enfance Et c'est vrai qu'il m'a fallu beaucoup d'année Pour rompre avec vous ce silence Mais pour moi ce n'était pas du temps gâché
Je n'ai pas 18 ans mes yeux sont ce qu'ils sont Mes cheveux dans le vent ne sont pas assez blonds Mais j'ai forcé le temps à m'offrir la chanson D'un visage d'enfant pour fleurir la maison
Je viens du fond de mon enfance Et c'est vrai qu'il m'a fallu beaucoup d'année Pour rompre avec vous ce silence Mais pour moi ce n'était pas du temps gâché
"Je connais des bateaux"... (chanson sur le couple) "...Je connais des bateaux qui oublient de partir Ils ont peur de la mer à force de vieillir, Et les vagues, jamais, ne les ont séparés, Leur voyage est fini avant de commencer..." (voir You tube : http://tw.youtube.com/watch?v=3MciHrzSknQ&feature=related)
On n'entendait pas ses chansons à la radio (mais remplissait des salles de 5.000 personnes). C'était l'époque des yés-yés. Mais ceux qui un jour, par hasard, ont pu aborder ses textes, pour certains féministes, pour d'autres engagés, comme moi, n'ont probablement pas oublié...
"Nous avons besoin que le regard de quelqu'un nous force à croire en nous... Afin de devenir ce que nous sommes..." J'ai relevé dans son interview cette phrase. Mannick a rencontré Jo Akepsimas et Jo a permis à Mannick d'être.
Mannick n'a pas écrit que des "Paroles de femme". Elle a aussi rencontré les enfants. Avec Jo, durant de nombreuses années, elle a interprété des chants liturgiques mettant en avant "Les femmes de la Bible". Pris position contre la torture "Toi que l'on a brisé sur un lit de tortures, Toi dont le corps n'est plus qu'une immense blessure, Je veux être ton cri, je veux être ta voix, Pour les gens qui chez nous ne s'en souviennent pas".
J'ai cherché longtemps le nom de celle qui chantait "..quand tu as fais semblant de retenir le sang de mon ile au trésor.." ; je ne me souvenais que de cette phrase de cette si belle chanson écoutée il y a plus de 30 maintenant, mais je n'avais jamais oubliée. Merci de m'avoir permis de renouer avec ce petit morceau passé de ma vie.Je n'ai pas encore fait connaissance avec votre blog, je le fais immédiatement après vous avoir envoyé ce remerciement.
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Je vous souhaite la bienvenue, Marie ! C'est bien ma pensée aussi que les textes de Mannick sont<br />
impérissables. Ravie de vous avoir permis de retrouver ce nom ! :-)<br />
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Viviane
14/04/2008 09:49
c'est superbe encore une découverte, je vais chercher sur la toile si on peut trouver de vieux disques.