Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
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Café matinal, dans la plénitude d’un jardin reposant et le chant envoûtant d’un merle saluant le jour.
Seul le martèlement irrégulier d’un voisin travailleur ponctue ces gorgées douces amères qui coulent lentement dans mes veines pour éveiller mon corps Mon corps tout endolori par un sommeil un peu trop court au creux d’une nuit anesthésiante où le chirurgien divin et son équipe d’anges empressés de me remodeler ont ensemble mené leur œuvre.
Près du parasol naturel d’un rosier encore alourdi de rosée, avec quiétude, j’offre mon visage sans fard à la tiédeur d’un soleil jouant les dentelières clandestines derrière la cime ciselée d’un vieux pin élancé aux ailes flottantes.
Les pieds nus sur les dalles graveleuses encore fraîches et les sarcasmes rieurs d’une corneille familière juchée tout au faîte d’une toiture en vis-à-vis, je me relie à la vraie nature.
Alors l’envie me chatouille, sous ma voûte plantaire, de délaisser ces pierres d’airain pour les trèfles verts et l’herbe rase.
Tendre son nez vers les tiges et fruits croissant ici. Groseilles rouges suspendues en breloques, timidement dissimulées sous les pampres vrillés du plaisir de parvenir à maturité sans empressement, qu’un vent léger soulève indiscrètement comme pour vérifier le lent mûrissement de perles émeraudes encore minuscules massées sous ces élytres nervurées.
Près d’eux, d’éclatante blancheur et de nacre bigarré, des rosiers, à l’abri du cabanon, se bercent du regard de cette femme dépouillée de tout parfum à l’orée du matin.
A l’écart le tamaris tout hérissé sortant lui aussi de son enchantement nocturne.
Plus à droite, deux plants de tomates appellent l’intérêt qu’on accorde aux derniers enracinés. Si, désireux de croître le long des tuteurs ondulés, ce matin, pour sa toute première fois, l’un d’eux, fièrement, arbore deux billes jumelles telles des bourses mâles.
Là-haut, dans le ciel, le coton blanc oublié par le chirurgien divin ou l’un de ses anges pressé par l’heure, finit de s’effilocher sous le souffle parcimonieux de l’air.
Personne ne s’y trompe ce matin. Ni le chien étirant voluptueusement ses flancs et son dos sur un matelas d’herbe grasse dans des grognements de gratitude gredins et indolents. Ni les ailes indiscrètes de moineaux surpris de ma présence inhabituelle. Ni l’aimable voisine défroissant son linge par secouements répititifs d’où s’échappent quelques gouttelettes ravies d’évaporer leurs senteurs de savon et d’adoucissant sur une mêlée de brins desséchés. Ni les abeilles bourdonnant leur chant vibrant autour de gousses de trèfle blanc au ras des pâquerettes. Ni les fourmis laborieuses. Ni le rouge-queue peureux. Ni la pie tapageuse. Ni les toits de carmin époussetés par la brise.
Tout, ce matin, annonçait enfin une belle journée d’été. | |