Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
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( source image : http://unusmundus.free.fr/photos/P1000928.jpg )
C’était écrit ? Vraiment ? Au début, tu l’as cru. Comme tout le monde. L’existence se résume à un nom, un prénom, une date de début et de fin, gravés dans le marbre et pour l’éternité. Dans cent ans, personne ne saura plus qui fut celui auquel se rapportent ces informations. Car c’est bien tout ce que ça représentera pour cet inconnu qui passera là, dans ce cimetière entretenu et fleuri, chatoyant d’espèces artificielles. Ce qui restera écrit sur ta tombe ne lui dira presque rien de ta vie.
Après cette amère réflexion, tu rentres chez toi. Tu t’empares d’une feuille. Blanche, comme l’angoisse. Tu te dépêches d’y retracer ton existence. Tu y consacres plusieurs jours.
Mais au bout de toutes ces heures, en relisant, muet, tes mots, tu ne reconnaîtras pas vraiment celui qui est conté dans ces lignes. Une biographie, tout au plus. Bien sûr, on en saura un peu plus que ce qui sera gravé dans le marbre, mais celui qui voudra bien lire tes phrases ne saurait prétendre te connaître. Ce ne sera toujours qu’une esquisse de toi. Ta lignée, l’endroit où tu as grandi, les écoles que tu as fréquentées, les réussites, les diplômes, la listes des emplois occupés, les villes où tu as habité, les personnes que tu as rencontrées.
Toi, tu sais que toutes ces choses ne disent que très peu d’un homme. Il faudrait aller plus loin encore. Gratter davantage. Car ce qui fait qu’un homme est un homme, ce ne sont pas ses faits, mais ses émotions intérieures.
Tu songes alors qu’il faut aller plus en profondeur. Assis, tout seul, dans le silence, tu commenceras à ouvrir les portes de ton âme. Tu chercheras quel mot sera le plus approprié et le plus juste pour dire tes rêves, tes idéaux, tes blessures, tes exaltations, toutes ces choses indicibles qui suscitent ton être. Multitude d’indicibles…
Sourires, regards, mains enlacées, baisers brûlants, fourmillements d’attente, rires clairs, larmes d’un autre, musiques, étés odorants, oiseaux chantants, matins symbioses, parfums de la terre après un orage, floraisons, roses inclinées, colorées, enivrantes, flammes de bougie, cet ami qui revient, une voix qui vibre en trémolos plaintifs, un chien au corps doux et ses yeux qui te parlent de sa tendresse, une présence pleine qui vaque à ses occupations près de toi, quelqu’un au loin qui lit tout seul dans un jardin, l’histoire de celui qui triomphe de l’adversité, le murmure des pages d’un livre, l’amitié complice, l’amour, l’amour, l’amour…
Epuisé de cet inventaire, tu trouves pourtant ce portrait décidément toujours incomplet. On s’en approche, certes, mais non, ce n’est toujours pas toi. Pas toi complètement.
Plus tu écriras, plus tu t’en approcheras, te persuades-tu. Même, même si tu réalises un soir que jamais, jamais tu n’atteindras l’ultime homme de ton intériorité. Non, car sans cesse cet homme évolue, se transforme. Mouvance des événements, rencontres qui bouleversent, expériences qui chamboulent, désillusions…
L’homme en toi, tu t’en rends maintenant compte, est… non fini, infini…
C’est écrit partout mais tu ne l’avais jamais compris. Dans l’infinitude, tu ne voyais que les limites de ta finitude.
Tu conclus ta dernière page par quelques points de suspension.
Rien n’est jamais écrit car tout reste imparfait. Ta finitude elle-même est imparfaite…
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