Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Apprendre à écrire …
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Quand donc ai-je vraiment commencé ? De quelle manière ?
Etait-ce à l’école, en traçant pour la première fois mon prénom ?
En dessinant ce M majuscule qui me fit saisir la grandeur de certaines écritures ?
Ou plutôt en lisant ces romans dont le titre conserve l'empreinte depuis toujours dans ma mémoire :
- La case de l’oncle Tom de Harriet Beecher Stowe
- Quentin Durward de Sir Walter Scott
- Les Misérables de Victor Hugo,
- Les Quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott
- Qu'elle était verte ma vallée de Richard Llewellyn
- Michel Strogoff, La Jangada, Voyage au centre de la terre, Vingt mille lieues sous les mers,... de Jules Verne ?
Tous ces livres représentent , savez-vous, des cadeaux de Noël ou d’anniversaire.
Ils me furent offerts par ma marraine ainsi que par mes parents.
Ma famille m’a-t-elle indirectement envoyé un message sous-jacent ?
Leurs cadeaux ont-ils fait surgir ou orienté mes aspirations ?
Je me souviens d’un déclic cependant.
J’avais 11 ans. Au collège, un devoir scolaire à la suite de la lecture d’un poème étudié en cours. Notre professeur de français, Mme RINCK, nous avait demandé d’écrire à notre tour un poème dont le thème serait « La mer ».
Je connaissais déjà la chanson de Charles TRENET et point n’était question de paraphraser un tel succès. Néanmoins, je sentais que cette chanson pouvait m’imprégner suffisamment pour m’inspirer mes mots.
Ce poème n’est plus en ma possession aujourd’hui. Il s'agissait d'un "devoir" et comme tel il a valsé à la poubelle dès la rentrée scolaire suivante ! Toutefois, la note décrochée et les compliments du professeur me firent comprendre quelque chose d’important : j’étais capable d’écrire moi aussi !
Non pas en alignant des lignes manuscrites avec application, mais écrire en se faisant assembleur de mots, d’images, d'histoires, et inventeur de musicalité. J’avais vécu pour la première fois que j’étais capable de toucher la sensibilité intérieure d’une personne à travers ce geste intime d’écriture. L’écriture avait donc quelque chose à voir avec l’offrande !
Autre chose importante. Une confidence. Quelque chose que je n’ai raconté qu’à de rares amis.
C’était un dimanche. Mes parents, mes frère et sœur et moi, regardions ensemble en famille les programmes de Jacques MARTIN. Pas un temps à se promener dehors. Mes pensées s’évadaient régulièrement par la fenêtre du 6e étage de l’immeuble de la cité où nous habitions. Le ciel tout en nuage était tourmenté, jaunâtre, menaçant. Un ciel de grêle. Je contemplais pourtant ce tableau sereinement, en rêvassant. Je songeais à mon avenir. C’est alors que surgit LA certitude ! Ce n’était pas une voix, ce n’était pas une parole, mais comme un impératif : « tu seras écrivain ». J’en fus saisie ! D’où m’étaient parvenues ces paroles ? Une immense joie intérieure me submergea aussitôt, comme si concomitamment à ces trois mots une radiation se propageait en moi !
C’est un épisode intime que la crainte du ridicule me fit taire durant des années. C’est pourtant un élément absolument déterminant de mon parcours personnel. Aujourd’hui encore, ils résonnent en moi chaque fois que je rejette ma valeur littéraire. Ces trois mots me transmettent la force de persévérer, de retrouver la ferveur, quand je trouve insuffisant le niveau qualitatif que je me fixe d’atteindre avant d’oser (oui, enfin oser !) soumettre mes écrits à une éditrice ou à un éditeur.
J’écrivais, déjà lorsque j’étais fillette - mais seulement par bribes -un journal. Il était mon confident. Je l’ai détruit. Je le déplore aujourd’hui. Il contenait des bouts de mon enfance.
Ecrire ma vie ne m'apparaissait pas être un travail littéraire. Je sais aujourd’hui que c’était une fausse idée. C’est ici que l’on aurait trouvé la plus grande sincérité, sans effet de style, sans recherche de sonorités. C’est ici que l’on aurait trouvé l’essence profonde des sentiments et pensées de mon enfance.
J’ai caressé longtemps ce désir de DEVENIR écrivain.
A cause de ce futur si impératif : tu SERAS écrivain.
Cela signifiait pour moi que je ne l’étais pas encore et qu’il fallait d’abord me former afin d’ETRE un jour. Puis sont venus les conditionnels que je me suis imposée : tu seras écrivain PEUT ETRE.
J’ai forgé un futur en écrivant de tout sans jamais oublier le ton de l’impératif si puissant né dans mon enfance.
Puis j’ai rencontré il y a 5 ans une personne qui m'est unique et qui m'a beaucoup appris.
Pour la première fois de ma vie, quand elle s'est adressée à moi, cette personne a employé un présent devant mes écrits : elle ne disait pas TU SERAS. Elle disait : « tu ES une écrivaine ».
Cela a fait toute la différence…
Si vous me lisez aujourd’hui sur ce blog, c’est parce qu’elle ne s’est pas contentée de m’écouter parler de mon rêve. Elle m’a traité, elle m'a parlé, elle m'a fait travailler... comme une écrivaine.
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« Traitez les gens comme s’ils étaient ce qu’ils devraient être,
et vous les aiderez ainsi à devenir ce qu’ils peuvent être ».
(J.W. GOETHE)