Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Tant de fois déjà, j’ai récapitulé mon parcours pour établir des bilans de compétences, des curriculum vitae, des rapports professionnels. Pour autant, je ne sais toujours rien de celle que je suis. Force est de constater que j’ai été toutes ces fonctions et que j’ai, de tout ceci, tant oublié déjà. J’ai traversé le temps les deux pieds dans chaque travail et chaque travail m’a détournée de ce que je pensais devenir au bout. Chaque emploi m’a-t-il façonnée ou est-ce moi qui me suis fondue dans ses cadres et ses conventions ? Qui ou quoi a gouverné tous ces gestes ? Ai-je innové ou me suis-je simplement laisser embarquer comme on monte inconsciemment dans le ventre d’un bateau qui mènera d’un port vers un autre ?
J’ai construit mon identité à chacun de mes emplois. Il a suffi d’une perte d’emploi pour tout déconstruire. À l’écart du flux qui emportait chaque matin le flot des voyageurs de leur foyer vers leur travail, j’ai pris conscience de l’aberration de nos raisonnements. Ce que nous sommes pour un autre se résume souvent à nos activités. Quelques mois d’inactivité professionnelle vous écartent du réseau social et peu à peu les messages et appels téléphoniques s’appauvrissent jusqu’à devenir peau de chagrin. Je n’étais plus dans la mémoire de la plupart des gens. N’être plus dans la mémoire des gens est une exclusion, une réduction au néant. À quoi tient vraiment le lien humain ? Peu de personnes sont restées. Elles ont poursuivi leur trajectoire. Sommes-nous des étoiles qui ne font jamais que se frôler de peu ?