Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
1828, Johann Wolfgang von Goethe
par STIELER, Karl Joseph (Allemagne, 1781-1858)
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"La vie humaine est un songe : d'autres l'ont dit avant moi, mais cette idée me suit partout. Quand je considère les bornes étroites dans lesquelles sont circonscrites les facultés de l'homme, son activité et son intelligence ; quand je vois que nous épuisons toutes nos forces à satisfaire des besoins, et que ces besoins ne tendent qu'à prolonger notre misérable existence ; que notre tranquillité sur certaines questions qui nous tenaient à coeur n'est qu'une rêverie résignée, semblable à celle des prisonniers qui auraient couvert de peintures variées et de riantes perspectives les murs de leurs cachot ; tout cela, mon ami, me rend muet. Je rentre en moi-même, et j'y trouve un monde, mais plutôt en pressentiments et en sombres désirs qu'en réalités et en action ; et alors tout vacille devant moi, et je souris, et je m'enfonce plus avant dans l'univers en rêvant toujours.
Que chez les enfants tout soit irréflexion, c'est ce que tous nos doctes pédagogues et gouverneurs ne cessent de répéter. Mais que les hommes faits soient de grands enfants qui, d'un pas mal assuré, errent sur ce globe, sans savoir non plus d'où ils viennent et où ils vont ; qu'ils n'aient point de but plus certains dans leurs actions, et qu'on les gourverne de même avec du biscuit, des gâteaux et des verges, c'est ce que personne ne voudra croire ; et, à mon avis, il n'est point de vérité plus palpable..."
(GOETHE - Les Souffrances du jeune Werther - lettre du 22 mai)