Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Un homme sans visage dont on ne distinguait que deux yeux sous un masque de suie. Son hérisson sur l’épaule.
Tapie sous la table en formica rouge de la cuisine, je me tenais coite, silencieuse, sur le qui-vive, serrant mes manches au plus près de mon corps frémissant.
Dans l’appartement, il évoluait comme une ombre dans son costume foncièrement noir. L’odeur enfumée qu’il répandait sur son passage et qui persistait à flotter quelques heures après son départ…
En grandissant, je ne me suis réconciliée avec ce métier. J’appris qu’il portait bonheur de croiser un ramoneur.
C’est avec un tendre sourire pour la petite fille que j’étais qu’aujourd’hui j’ai salué de la main le ramoneur qui passait à côté de ma voiture, perché sur un vieux Solex dont il maintenait le guidon d’une main tandis que son autre bras maintenait au plus près de lui une échelle de bois. Cette vision au XXIe siècle me parut presque surannée mais me réconcilia avec ma terreur enfantine.
Croiser le ramoneur porte bonheur. Cette croyance me mit de bonne humeur. La première manière d’accueillir le bonheur ne réside-t-elle pas justement dans notrecapacité à nous mettre en joie ?