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Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.

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Paroles en silence (Train de nuit pour Lisbonne)

Extrait de lecture : "Train de nuit pour Lisbonne - Pascal MERCIER - Maren Sell Editeurs"

"Paroles en silence :

Quand je lis un journal, écoute la radio ou prête attention, dans un café, à ce que disent les gens, je ressens de plus en plus souvent de la satiété, voire de l'écoeurement, parce que l'on écrit ou prononce toujours les mêmes mots - toujours les mêmes tournures, formules ou métaphores. Et le pire, c'est quand je m'écoute moi-même et constate que moi aussi, je dis toujours les éternelles mêmes choses. Elles sont si terriblement usées et défraîchies, ces paroles, détériorées par des millions d'usages. Ont-elles même encore une signification ?... Ces paroles sont-elles encore l'expression de pensées ? Ou seulement des formations sonores efficaces qui poussent les hommes de ci de là ? Il m'arrive alors d'aller à la plage et de rester la tête haut dressée dans le vent : puisse son souffle emporter hors de moi tous les mots fatigués, toutes les fades habitudes de langage, pour que je revienne l'esprit purifié, purifié des scories du discours toujours semblable. Mais à la première occasion où je dois m'exprimer, tout est comme auparavant. Je dois faire quelque chose et je dois le faire avec des mots. Mais quoi ? Mais qu'est-ce alors que je voudrais ?... Je voudrais assembler à neuf les mots... comparables à un poème tissé par un orfèvre des mots".

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S
Merci de m'avoir signalé cet extrait superbe et tellement parlant que je n'avais pas encore vu!Celui (ou celle) qui peut pénétrer dans le grouillement confus de nos pensées subtiles pour saisir l'une d'elles dans le filet de ses mots, celui-là, l'artiste, le créateur, nous rend à cette langue du Paradis et à notre nature spiriuelle
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<br /> Bonjour Sybilline<br /> <br /> Je tripe devant cette phrase que tu viens de nous offrir ! Elle me parle.<br /> <br /> <br />
F
Magnifique extrait, j'aime beaucoup cette philosophie et j'ai hâte de me procurer ce livre !!<br /> Bonne soirée Marianne !
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M
Ce paragraphe précisément m'a fortement interpellée. Il exprime un fort questionnement et peut autant s'appliquer à l'écrivant qu'au créateur ou à l'homme de tous les jours.<br /> C'est ce vers quoi je tends et qui est parfois si difficile à établir : exprimer ses pensées propres. <br /> C'est un livre saisissant.
V
C'est beau et profond ce qui est écrit là, c'est une chose que j'éprouve souvent, la fatigue des mots, leur besoin de repos, de se reourcer aux origines, peut-être quand leurs sons et leur sens collaient aux objets que découvrait la pensée humaine, l'émerveillement que ce dut être pour les premiers hommes du premier langage...
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M
Toi la créatrice, l'assembleuse de mots, je comprends parfaitement ce sentiment que tu décris. Cette fatigue des mots, comme tu l'écris si joliment. C'est à quoi je pensais, entre autres, l'autre jour en te parlant de laisser l'eau remonter dans le puits (cette n'expression ne vient pas de moi. Je l'ai empruntée à quelqu'un qui l'utilisait avant moi, qui l'a probablement aussi relevé d'un tiers).<br /> J'aime cette idée que tu soulèves de l'émerveillement des premiers hommes face au langage naissant. <br /> Parfois, je me demande ce qu'on peut encore créer de nouveau. Si tout n'a pas déjà été dit. <br /> J'ai voulu laisser cette citation de Pascal MERCIER sur mon blog (en espérant qu'elle y restera puisque bientôt Over Blog me basculera d'office en V2 et j'espère que toutes les parutions resteront en place !) car elle correspond exactement à ce qui me traverse actuellement. J'ai si souvent l'impression qu'on oublie de faire son propre cheminement de pensée. Il me semble que la création permet ce cheminement. Même si ces mots sont si vieux, si peu suffisants pour exprimer toute la profondeur de ce qui traverse - souvent de manière fulgurante - l'esprit ou le coeur d'un homme.