Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Extrait de lecture : "Train de nuit pour Lisbonne - Pascal MERCIER - Maren Sell Editeurs"
"Paroles en silence :
Quand je lis un journal, écoute la radio ou prête attention, dans un café, à ce que disent les gens, je ressens de plus en plus souvent de la satiété, voire de l'écoeurement, parce que l'on écrit ou prononce toujours les mêmes mots - toujours les mêmes tournures, formules ou métaphores. Et le pire, c'est quand je m'écoute moi-même et constate que moi aussi, je dis toujours les éternelles mêmes choses. Elles sont si terriblement usées et défraîchies, ces paroles, détériorées par des millions d'usages. Ont-elles même encore une signification ?... Ces paroles sont-elles encore l'expression de pensées ? Ou seulement des formations sonores efficaces qui poussent les hommes de ci de là ? Il m'arrive alors d'aller à la plage et de rester la tête haut dressée dans le vent : puisse son souffle emporter hors de moi tous les mots fatigués, toutes les fades habitudes de langage, pour que je revienne l'esprit purifié, purifié des scories du discours toujours semblable. Mais à la première occasion où je dois m'exprimer, tout est comme auparavant. Je dois faire quelque chose et je dois le faire avec des mots. Mais quoi ? Mais qu'est-ce alors que je voudrais ?... Je voudrais assembler à neuf les mots... comparables à un poème tissé par un orfèvre des mots".