Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
L'ANNEE DE LA PENSEE MAGIQUE - Joan DIDION - GRASSET - Récit - Traduit de l'anglais par Pierre Demarty- 282 p

Présentation de l'éditeur : "Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie. La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature.
L'année de la pensée magique a été consacré « livre de l'année 2006 » aux États-Unis. Best-seller encensé par la critique, déjà considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, ce témoignage bouleversant a été couronné par le National Book Award et vient d'être adapté pour la scène à Broadway, par l'auteur elle-même, dans une mise en scène de David Hare, avec Vanessa Redgrave."
Mon appréciation : comment fait-on face à la disparition brutale d'un compagnon de vie ? En offrant au monde le témoignage de son épreuve. Joan DIDION nous invite à une intime réflexion sur "l'invisibilité" des êtres endeuillés, la solitude et la "douleur passive", "la perte radicale de sens", la volonté irrépressible de reconstitution des derniers instants, "l'effet vortex" des souvenirs qui en appellent d'autres, et jusqu'à la conscience de sa propre mortalité. C'est dans la lecture ("Quand les temps sont difficiles... lis, apprends, révise, va aux textes. Savoir, c'est contrôler") qu'elle a puisé pour décortiquer son difficile travail de deuil avant de le restituer étape par étape dans ce livre. Par la force de l'imaginaire ("la pensée magique") et l'écriture, l'auteure s'est dotée de la lucidité nécessaire pour accepter l'inacceptable.
Deux citations marquantes à retenir :
" Nous sommes d'imparfaits mortels, conscients de cette mortalité alors même que nous la rejetons, trahis par notre propre complexité, ainsi faits que lorsque nous pleurons nos pertes, c'est aussi pour le meilleur et pour le pire, nous-mêmes que nous pleurons. Tels que nous étions. Tels que nous ne serons plus. Tels qu'un jour nous ne serons plus du tout"
"Je sais que nous essayons de garder les morts en vie : nous essayons de les garder en vie afin de les garder auprès de nous. Je sais aussi que si nous voulons vivre, nous-mêmes, vient un moment où nous devons nous défaire de nos morts. Les laisser devenir la photo sur la table de chevet... Les laisser partir au fil de l'eau..."
"Il fallait s'adapter à ces changements".
Joan DIDION repassera, hélas, l'épreuve quelques mois plus tard quand décèdera à son tour Quintina, sa fille unique.
Pour lire un extrait de "L'année de la pensée magique" : http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_didion.htm