Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
RENTREE LITTERAIRE 2007 - Conversations avec le maître - Cécile WAJSBROT - DENOEL - Roman - 174 pages

"Nous avons tellement l'expérience des absences que nous sommes prêts à nous vouer à n'importe quelle présence".
Présentation de l'éditeur : "Nous pouvions rester longtemps silencieux, il servait le thé, je regardais par la fenêtre, les coupoles lointaines luisaient au soleil comme les vestiges d'une gloire ancienne, et tandis qu'il versait le thé et que je contemplais la vue, se produisait une sorte de rite de passage, comme lorsqu'on entend le gong appelant à la concentration ou à la prière, appelant à quitter la vie profane pour atteindre d'autres couches, une autre profondeur, et insensiblement, grâce au silence, aux gestes répétés, je quittais peu à peu ma vie, mes préoccupations, le souvenir de la journée pour n'être plus qu'à l'écoute de sa vie.
Rescapée d’une discrète blessure amoureuse, une femme trompe la monotonie solitaire de son existence en rassemblant la nuit ses souvenirs d’un compositeur de musique autrefois aimé en silence ou en participant à des forums de discussion sur Internet… Usant d’une subtile polyphonie de pulsions secrètes et d’images, Cécile Wajsbrot nous plonge (d’une écriture aux douces lignes de fuite) dans l’intime enfer de la création musicale, seul art capable d’exprimer la symbolique des grandes catastrophes contemporaines. "
Lire un extrait : http://www.editions-denoel.fr/Denoel/Control.go?action=rech&prod_code=B25950
Mon appréciation : dans un très beau style littéraire, la narratrice (dont on ne saura que peu de choses) peint avec difficulté le tableau d'une relation ambiguë dans laquelle elle s'était investie pendant deux ans. Chaque semaine, elle rencontrait un homme. Dans quel but ? Pas celui auquel vous pensez ! Non, cet inconnu, qui l'interpella un jour dans un café, comme s'il l'avait choisie à cette fin, recevait la narratrice chez lui, à l'heure du thé, en vue de parler... création musicale. Passionné, il affûtera peu à peu l'oreille de son auditrice. Elle se laissera envoûter par sa parole, ses mots, son état d'esprit, sa vision du monde. En tombera amoureuse mais n'obtiendra pas de suite à ce que son désir dessinera. Comme nul autre, il saura décrire la musique, détailler l'oeuvre de ses compositeurs préférés tel que CHOSTAKOVITCH, énoncer tout haut son rêve suprême (composer un requiem). Cela sans jamais faire entendre à son auditrice le son de sa propre musique... Puis un jour, comme dans un désanchantement, tout s'arrêtera...
Si j'emploie le passé, c'est que cet homme aura basculé dans un drame personnel. A la suite de cet événement, la narratrice, contactée par un proche de celui qu'elle nommera encore le "maître", acceptera - non sans réticence -de reconstituer le contenu de leurs conversations, revisitera son appartement dont elle ne connaissait que le salon, avant de verser dans une découverte atterante.
Une qualité d'écriture remarquable chez Cécile WAJSBROT, qui m'a conduite à une belle ouverture intérieure via cet amoureux de la musique. On vibre sous ses mots, comme les instruments d'une symphonie.
En "Postface", Cécile WAJSBROT annonce que ce roman est le "premier d'une série autour de ce thème - l'oeuvre d'art et sa réception..." qui "apparaîtra sous des formes diverses et dans des paysages variés - avec, dans chaque livre, un art différent. Après la musique - qui fait l'objet des Conversations avec le maître - il y aura la peinture, et aussi la littérature, peut-être d'autres".
Déjà hâte pour la Littérature !!