Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Brume de chaleur sur le canal
Empreintes en forme de fer à cheval
Pêcheur solitaire
Hameçon aux prises avec les vers
Meules posées bien roulées
Piquant une sieste dans les prés
Corneilles dévalisant le noyer
Lâchant une coque sur le macadam pour mieux le picorer
Tourterelle roucoulant
Un chant langoureux et plaisant
Geais apeurés de mes pas
S’envolant tout là-bas
Odeur de foin coupé
Détrempé de rosée
Branches lourdes de coings
Cloches tintinnabulant au loin
Un bateau dans le port lui répond
Et je pense
J’habite ici quelle chance
Tiens un pan de ce volet tout en pin
Mériterait d’être repeint
Le mot pin remue mes narines
Moins pour sa sève saline
Que pour mon ventre sans déjeuner
Je salive sous mon nez
C’est de confiture et de pain
Que j’ai faim
J’entre dans ma maison
Devant le miroir je replace mes frisons
Le café tout frais
Vient de finir de couler
Près de moi mon chien
Sa tête sur ma jambe, regard en coin
Qui me dit : bouge pas on est bien
J’ouvre enfin un bouquin
Oui je sais
Ce ne sont que des clichés
Mais ils sont pourtant vrais
Et je pense
J’habite ici quelle chance.