Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
http://lilysanches.blogspot.com/ Je n’ai rien volé à mon chagrin. C’est lui qui m’a tout pris !
Il a emporté ma naïveté, mon innocence et sclérosé longtemps ma spontanéité. Comme un chaton apeuré, il m’a fragilisée, pelotonnée dans un endroit inconnu fait de silences trop lourds. Il m'a enfermée dans des limites.
Le chagrin m’a endeuillée de la plus noire solitude.
Non, je n’ai rien volé à mon chagrin !
Pourtant, au filtre des larmes, je me suis peu à peu rendue plus forte que le chagrin.
Ce que j’ignorais sous son voile sombre, c’est que l’immédiateté jusqu'au bout - et même rien qu'une seule fois - offerte, devient éternité.
D'avoir livré sans prendre honte de sa vulnérabilité, avec une joie toute gratuite, le meilleur de son âme, diminue la peine. On se console à cette certitude.
Quand tout est remis à l’autre, sur la palette qui va de la peur du rejet à l’exaltation par anticipation, tous les possibles auront pu se déployer. Alors, rien n'est à regretter.
Oui, j’ai guetté toutes les vibrations qui pouvaient donner naissance à la réponse de l’Autre ! J’ai vu, de mon pas à celui qu’il n’avait pas encore esquissé, un monde indicible, invisible. Des nuits miraculeuses où tous les feux de minuit éclairaient la route aux chevaux sauvages de nos libertés !
Ici la vérité entre deux êtres a pris forme.
En cet espace-là, rien, ne se tient caché. Rien ne relève d’interprétations imaginaires. Rien ne peut y être déformé comme un fer indiscipliné. Rien n’y est façonné comme on rend docile le verre liquéfié pour en sortir de transparents objets.
Je sais ce que j’ai vu. Je sais ce que j’ai entendu. Ce que j’ai perçu - de moi à cet être qui se tenait là face à moi. Je l’ai librement laissé prendre place dans mon cœur, dans ma vie, comme on honore un grand invité.
Je n’ai rien volé à mon chagrin, sauf cela !
Ce qui suffit à relever la tête en dépit de la douleur, en gardant au fond de soi - comme l’unique joyau préservé - un sourire, un regard, des mots, de l'amour, des souvenirs… La certitude de ma sincérité résonnant en qui je l’ai déposée.
En cette parcelle où deux êtres se seront entièrement rejoints, nul ne se sent absent.
Lumineux instants, chaque fois que je reviens à vous, je suis comme l’enfant ébahi par la magie de Noël ! Je reviendrai à vous encore et encore, et autant de fois que les lances du chagrin viendront piquer mon cœur.
Je n’ai rien volé à mon chagrin. Mais j’ai tant appris de lui !