Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Femmes qui courent avec les loups - Clarissa Pinkola Estés - Le livre de poche - 763 pages

Autour de ce livre, une complicité spontanée s’était instaurée. Une sorte de reconnaissance implicite.
En nous saluant au terminus de notre voyage, sans rien avoir pourtant lâché de nos vies, j’ai eu l’impression d’avoir été autorisée à accéder, un très bref instant, à son intériorité. Ensuite, chacune de nous deux retournait à sa vie. Derrière moi, je l’entendais informer les deux hommes sur le motif de ce court échange auquel, incrédules, ils avaient assisté.
Les femmes l’évoquent, se le recommandent (http://blogsissipaillette.over-blog.com/article-23839439.html), se murmurent le titre à l‘oreille (http://www.psycho21.com/blog/vitali/femmes-qui-courent-avec-les-loups), se l’offrent, se le transmettent…
Clarissa Pinkola Estés a œuvré 25 ans jusqu’à la parution de ce livre.
C’est le fruit d’une longue observation, favorisée par :
- sa pratique d’analysante habilitée et formée pour accompagner la descente dans l’inconscient et le processus de l’individuation
- l’antériorité globale des batailles, expériences et histoires féminines du monde
- sa propre histoire personnelle et familiale
- la collecte d’histoires, poèmes et contes dont elle est devenue dépositaire tout en y travaillant à son tour…
Les contes, plus particulièrement, lui permettent d’explorer, d’illustrer et d’expliquer les étapes de « ce processus graduel » qu’est le voyage vers le dessous, là où s’étend l’univers ineffable de la psyché.
Qu’elle se situe au début de son initiation ou déjà en route, chaque femme (ce livre n’est toutefois ni fermé ni opaque aux hommes !) trouvera dans cette œuvre remarquable une possibilité de se positionner dans son cheminement, d’en décrypter les signes, de comprendre en quoi consiste ce mystérieux parcours vers « La Femme Sauvage », de renouer avec leur nature instinctive…
« Quel que soit le nom qu’on lui donne, la force que personnifie La Loba enregistre le passé de tous et le passé du monde, parce que génération après génération, elle a survécu et qu’elle n’a plus d’âge… Cette ancienne, la Vieille Qui Sait, nous la portons en nous. Elle s’épanouit au plus profond de l’âme-psyché des femmes. Elle habite cet espace du temps où l’âme du loup et celle de la femme se rencontrent; où l’esprit et l’instinct se mêlent, où la vie profonde assoit la vie de ce monde. C’est le point où se rejoignent et s’embrassent le « je » et le « Tu », l’endroit où, en esprit, les femmes courent avec les loups.
Cette vieille femme se tient entre deux mondes : celui du rationnel et celui du mythe. Elle est leur articulation. Cet entre-deux est le lieu inexplicable que nous reconnaissons lorsque nous en faisons l’expérience, mais si nous essayons d’en saisir les nuances, elles nous échappent et changent de forme, sauf si nous passons par la poésie, la musique, la danse, ou les histoires… le lieu où les choses sont et ne sont pas encore, où les ombres ont une substance et où la substance est transparente….
Elle est ce qu’elle est et elle le reste, quels que soient les noms qu’on lui donne, noms anciens ou noms nouveaux, La Que Sabe, Celle qui Sait, la Femme Sauvage, La Loba…L’archétype est partout présent et pourtant on ne peut le voir, au sens habituel du terme. Ce qu’il révèle de lui dans l’obscurité n’est pas nécessairement visible en pleine lumière. »

Clarissa Pinkola-Estés est psychanalyste, docteur en ethnologie et en psychologie. Elle a dirigé le centre Carl-Gustav Jung à Denver. Son premier livre, Femmes qui courent avec les loups (Grasset, 1996), est une référence dans le monde entier. Elle a également publié Le jardinier de l'Eden (Grasset, 1998) et Le don de l'histoire (Grasset,1999).
(source : http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_pinkola.htm)