Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
L'Art de raconter - Dominique Fernandez (Le livre de poche)

Une certaine idée du roman prédomine chez Dominique FERNANDEZ, farouche défenseur des romans à histoire !
L'originalité est que pensant trouver quelques conseils d'écriture, dans ce livre, c'est davantage aux auteurs et à leur habileté de narration, à leur cheminement vers la maturité littéraire, que l'Académicien s'intéresse tout spécialement.
"Le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible, le romancier factice les crée avec la ligne unique de sa vie réelle.... Le génie du roman fait vivre le possible, il ne fait revivre le réel". (Albert THIBAUDET, critique littéraire du XXe siècle)
'On ne peint bien que son propre coeur, en l'attribuant à un autre" (STENDHAL).
"Ainsi La Chartreuse de Parme" - écrit Dominique FERNANDEZ à propos de Stendhal qu'il tient pour l'un des plus grands romanciers - "est autobiographique, dans la mesure où Stendhal coule ses émotions, ses passions, le courant de sa vie intérieure dans la nouvelle identité qu'il s'est donnée, mais ce roman est le contraire de l'autobiographie, dans la mesure où il est création d'un personnage indépendant de l'auteur. Le romancier peut vivre autant de vies imaginaires qu'il le veut, tel est le secret de l'art romanesque. Le lecteur de son côté effectue le même travail de dédoublement, de libération de soi-même par le dédoublement. Le roman est l'art qui permet à chacun, auteur ou lecteur, d'échapper à sa vie, aux limites de sa propre vie. Tout homme, toute femme souffre de n'avoir qu'une vie, une identité, un pays une langue, un sexe, une carrière. Le romancier est celui qui, étant plus sensible à cette souffrance, met en oeuvre le moyen d'y remédier, pour lui et pour ses lecteurs."
"Raconter ne consiste pas à reproduire la réalité, mais à mentir sur la réalité ; à retrouver, derrière ce qu'on croit être la réalité, la vérité des êtres et des choses"..." (dixit "le mentir/vrai)...
Des "Aventuriers" et véritables Narrateurs, il fait l'éloge, déplorant l'indifférence actuelle - sorte de snobisme littéraire - à leur encontre au profit d'une écriture au fil des siècles devenu de plus en plus intimiste notamment en France.
Serait-ce que notre monde n'offre plus de grands espaces d'exploration, de nouveaux lieux à découvrir (ah quoi que ces jours-ci, en Amazonie...) ? Serait-ce que nous compensions cet appauvrissement d'aventuriers (et d'aventures) en voyage intérieur ?
"Mais si cette conception solennelle de la modernité commençait à nous peser ? S'il y avait une autre façon d'être moderne ? Si l'écrivain de notre époque devait être non plus quelque prêtre dressé sur son trépied oraculaire, mais un homme proche de nous, un frère, un ami ?"
Et vous qu'en pensez-vous ?
Lecture des premières lignes chez Grasset