Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.

4ème de couverture : "Après avoir tutoyé la mort, un homme quitte Pékin pour partir en quête de son Graal intérieur : la mystérieuse "montagne de l'Âme". Entre tradition millénaire et vestiges de la Révolution culturelle, il sillonne la Chine des années quatre-vingts, égrenant récits fantastiques et légendes populaires au fil d'un voyage picaresque, poétique et profondément moderne.
Né en 1940, GAO Xingjian est peintre, dramaturge, critique littéraire, metteur en scène et traducteur. Réfugié politique depuis les événements de Tian'anmen, il vit à Paris. La Montagne de l'Âme est son premier roman. En 2000, il a reçu le Prix Nobel de Littérature pour l'ensemble de son oeuvre."
Le résumé du site EVENE : "A la source de la légendaire rivière You, se dresse, dit-on, un lieu où tout est à l'état originel, un lieu nommé Lingshan, la montagne de l'Ame. Parti des villes, le voyageur entreprend de rallier cette promesse d'Eden. Et, à la faveur d'escales dans les bourgs et villages des rives fluviales et des hauts plateaux tibétains, il se fait raconter par les habitants, vieux chefs, sages, jeunes filles ou manants, l'histoire infinie des hommes et de la nature.
Mon appréciation : si je vous fausse un peu compagnie sur mon blog actuellement, chers lecteurs, le coupable, c'est lui ! J'avoue que je savoure pleinement cette écriture. Presque ligne à ligne. Ce n'est pas le type de livre à parcourir rapidement, histoire de se changer les idées. Ce serait sacrilège !
En 81 chapitres, l'auteur vous promène à travers la Chine, ses villages, légendes, folklore, croyances, paysages.
Il passe du Je, au Tu, au Elle, dans ses narrations écrites au présent. Au début, ce procédé décontenance, mais au bout de quelques chapitres, l'habitude s'installe et la gymnastique s'effectue
Vous rencontrez plusieurs personnages en des temps anciens et modernes, apprenez leur histoire, leurs sentiments, leur quête et passez de l'un à l'autre dans ce voyage.
Descriptions, réflexions, introspections, sont livrées avec une véritable finesse et une remarquable justesse d'observation.
Amoureux des belles phrases, ce livre est pour vous si vous ne l'avez pas encore lu !
Citation :
"Allongé sur ton lit, tu regardes le plafond. L'ombre de la lampe transforme aussi le plafond blanc. Si tu concentres ton attention sur ton moi, tu t'aperçois qu'il s'éloigne peu à peu de l'image qui t'est familière, qu'il se démultiplie et revêt des visages qui t'étonnent. C'est pourquoi je serais pris d'une terreur incoercible si je devais exprimer la nature essentielle de mon moi. Je ne sais lequel de mes multiples visages me représente le mieux, et plus je les observe, plus les transformations m'apparaissent manifestes. Finalement, seule la surprise demeure... Quand j'observe les autres, je les considère comme des miroirs qui me renvoient ma propre image et cette observation dépend entièrement de ma disposition d'esprit du moment. Même lorsque je regarde une jeune fille, je cherche à l'appréhender avec mes propres sens, je l'imagine avec ma propre expérience avant de formuler un jugement. Ma compréhension d'autrui, y compris des femmes, est en fait superficielle et arbitraire. ... Le problème réside dans la prise de conscience intérieure de mon moi, ce monstre qui me tourmente sans cesse. L'amour-propre, l'autodestruction, la réserve, l'arrogance, la satisfaction et la tristesse, la jalousie et la haine, viennent de lui, le moi est en fait la source du malheur de l'humanité... Toute chose peut en maîtriser une autre, cette règle ne vaut pas que dans la nature, c'en est une aussi chez les hommes".