Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Marina TSVETAEVA

1) Octobre en wagon - ANATOLIA
4e de couverture : "Marina Tsvetaïeva est en Crimée chez sa soeur lorsque éclate la révolution d'Octobre : son mari et ses deux filles sont restés à Moscou. Elle prend le train pour les rejoindre. C'est ce voyage dans une Russie en plein bouleversement qu'elle décrit dans Octobre en wagon.
Et ce train l'emmène vers ce qui sera une des pires périodes de sa vie, l'année 1919 : un grenier misérable dans ce qui fut sa propre maison, la faim, la misère, la solitude, la mort de sa fille cadette, les efforts désespérés pour survivre. Ses expériences et ses révoltes, ses réflexions, ses douleurs et ses joies sont chaque jour consignées dans son journal intime.
La plupart de ses écrits ont paru, séparément, dans des journaux d'émigrés. Elle désirait les réunir en un livre, mais n'y parvint pas de son vivant ; ce témoignage impitoyable de la vie en Russie pendant la révolution effrayait les éditeurs aussi bien sympathisants qu'adversaires de l'Union soviétique. Marina ne se faisait d'ailleurs pas d'illusions : « C'est un livre de vie frémissant de vérité, ce qui signifie que du point de vue de la politique (c'est-à-dire du point de vue du mensonge) il est condamné d'avance. On y trouve des tchékistes adorables et des officiers blancs sans reproche, les premiers n'y verront que les derniers et inversement. »
Livre de vérité, certes, de vérité historique, car ce fut un temps cruel et meurtrier pour beaucoup. Mais il s'agit surtout de la vérité subjective, partiale, partielle d'un grand poète et d'un grand écrivain, d'une femme passionnée, libre et rebelle. Marina avait vingt-quatre ans".
2) Vivre dans le feu - Confessions - Le Livre de Poche
4e de couverture : "Marina Tsvetaeva (1892-1941) fut l’un des plus grands écrivains russes du xxe siècle. Elle connut un tragique destin : après la révolution d’Octobre, le long exil, d’abord à Prague puis en France, une fille morte de faim, une autre déportée vers le Goulag, l’hostilité de l’émigration russe, l’indifférence du Paris littéraire, le retour contraint en Union soviétique, ses appels désespérés à Beria ou Staline... jusqu’à son suicide. Tout cela, Marina l’a écrit, avec une minutie poignante, poursuivant sans relâche son monologue dans des cahiers de brouillon et des carnets. Seule la mort l’a empêchée d’en faire un livre. Pour établir ce qui constitue une véritable autobiographie de Tsvetaeva, Tzvetan Todorov a extrait des dix tomes d’écrits intimes publiés en russe la matière d’un volume, Vivre dans le feu : un chef-d’œuvre. "
Mon appréciation : une femme de lettres passsionnée et passionnante, lucide sur elle-même, perméable au monde qui l'entoure, affrontant avec difficulté un déchirant quotidien trop noir qui l'éloigne de son insatiable besoin d'écrire. Fragile dans son intériorité mais tellement libre dans sa pensée sous un régime politique complexe. Tellement fine, envolée, précise et perspicace dans ses mots. Intense aussi. En amour surtout, car vibrante aux êtres, qu'ils soient hommes ou femmes, et s'y brûlant souvent les ailes.
Citations :
"La fille dont on a tué le père est une orpheline. L'épouse dont on a tué le mari est une veuve. Mais la mère dont on a tué le fils ?"...
"De toutes les séductions qu'il exerce sur moi, j'en distinguerais trois : la tentation de la faiblesse, la tentation de l'impossibilité - et la tentation de l'Etranger" (Moscou 1918-1919)
"Mais, toi, Stenka, tu ne comprends rien aux mains : à leur forme, à leurs ongles, leur noblesse. Tu comprends la paume (elle est chaude) et les doigts (ils prennent). Ma poignée de main, tu la comprendras. Prends cet anneau sans arrière-pensée : j'en avais dix, il m'en reste neuf ! Et en échange, qu'y aura-t-il ? Il n'y a jamais rien en échange. De mon annulaire, il passe à ton petit doigt. Mais je te la donne pas comme je donne d'habitude - toi, tu es un voyou ! Le "souvenir du temps des tsars", ça te suffit bien. Moi je garde les tentes et les feux de camp".
Quelques autres de mes préférées :
"Ensuite, je le raccompagne sur le perron - tant que je peux le suivre des yeux et du coeur..."
"Le premier regard d'amour - c'est cela la plus courte distance entre deux points, cette droite divine, seule et unique".
"Si tu es né au monde pour donner des réponses, ne reste pas figé dans un néant bienheureux, ce n'est pas ainsi que Goethe, Léonard ou Dante ont créé, ce n'est pas cela qu'ils ont voulu en créant. Etre terrassé - oui, mais il faut savoir se relever : s'attacher - et s'arracher, se perdre - et ressusciter. Ploie le genou, et passe : va dans le monde non engendré, non créé et assoiffé... C'est dans cette énergie terrassante que réside la force principale des grandes oeuvres d'art. L'absolu rejette - vers la création d'autres absolus ! C'est en cela que consiste leur pouvoir et leur vie éternelle".
Vous trouverez par ailleurs d'autres espaces dédiés à cette immense poétesse russe contre-révolutionnaire qui vécut un temps en exil en France sans réelle reconnaissance, contemporaine de Boris Pasternak et de Maria Rainer Rilke, avec lesquels elle entretint une correspondance.
http://pagesperso-orange.fr/calounet/biographies/tsvetaeva_biographie.htm
http://www.myspace.com/tsvetaeva