Parce que les mots ont leurs limites mais un si grand pouvoir, Parce que l'écrit est ce qui restera de plus tangible de nos passages... Parce que l'intimité se crée par le langage, Et l'amitié par les lignes en partage.
Plusieurs livres en cours actuellement, dans des registres très différents :
- Chagrin d'école de Daniel PENNAC chez GALLIMARD : j'en suis à la page 49. Je me suis esclaffée page 18-19, dans le passage où l'auteur démontre que son chien avait plus d'intelligence que le cancre qu'il était lui-même :
"Un après-midi de l'année du bac (une des années du bac), mon père me donnant un cours de trigonométrie dans la pièce qui nous servait de bibliothèque, notre chien se coucha en douce sur le lit, derrière nous. Repéré, il fut sèchement viré :
- Dehors, le chien, dans ton fauteuil !
Cinq minutes plus tard, le chien était de nouveau sur le lit. Il avait juste pris le soin d'aller chercher la vieille couverture qui protégeait son fauteuil et de se coucher sur elle. Admiration générale, bien sûr, et justifiée : qu'un animal pût associer une interdiction à l'idée abstraite de propreté et en tirer la conclusion qu'il fallait faire son lit pour jouir de la compagnie des maîtres, chapeau, évidemment, un authentique raisonnement ! Ce fut un sujet de conversation familiale qui traversa les âges. Personnellement, j'en tirai l'enseignement que même le chien de la maison pigeait plus vite que moi. Je crois bien lui avoir murmuré à l'oreille :
- Demain, c'est toi qui vas au bahut, lèche-cul."
- Les triomphes de la psychanalyse de Pierre DACO chez MARABOUT : déroulement d'une analyse, extraits de séances, découverte du moi, grands symboles. Du traitement psychologique à l'équilibre de la personnalité.
"Par des nombreux exemples et extraits de séances qui émaillent cet ouvrage, nous voyons comment la psychanalyse est utilisée pour explorer la vie de l'inconscient, mettre en valeur et unifier les innombrables facettes d'un individu. Un ouvrage fondamental et accessible à tous".
Les explications théoriques sont parfaitement éclairantes. Les exemples, choisis avec soin, sont intéressants. Pour qui souhaite savoir en quoi consiste une psychanalyse, cet ouvrage est à recommander.
- Tels des astres éteints de Léonora MIANO chez PLON: "Dans l'intra muros d'une grande ville d’Europe, vivent Amok, Shrapnel et Amandla. Alors qu’Amok et Shrapnel sont nés en Afrique, Amandla a grandi dans un territoire d’outre-mer. Trois parcours différents, une même couleur de peau, parfois embarrassante, lorsque l’Afrique, la Terre Mère, a des allures de continent déchu. Une couleur qui emprisonne et influence leur rapport au monde. Tandis qu’Amandla, l’icône rasta, s’enflamme pour une histoire glorieuse où le peuple noir descend des pharaons d’Egypte, Amok, l’écorché vif, étouffe sous cette couleur si lourde de sens. Quant à Shrapnel, le prince des villes qui rêve d’un peuple noir uni de l’Afrique aux Amériques, il a du mal à savoir où il en est depuis qu’il est tombé amoureux d’une blonde aux yeux bleus… Dans les propos qu'elle prête à ses personnages, Léonora MIANO dénonce l'impérialisme de l'hémisphère nord sur le Continent africain, son système de développement horizontal et son incapacité à gérer ses propres miséreux, relève l'urgence pour le Continent de renouer avec ses origines, évoque la place de la femme chez les "Kémites", parle de la difficulté d'être Noir, et invite chacun à repenser une nouvelle forme d'humanité : "Vivre, c'était s'élever. Pas foncer, enfoncer, défoncer, casser la baraque. Vivre, c'était grandir en souhaitant que les autres en fassent autant. Ce n'était pas leur grimper sur le dos, chargé d'un arsenal multiforme, afin de les réduire à la mendicité... Vivre parmi les autres requérait infiniment plus de foi que toutes les religions. Il fallait se fier à l'humain."
Entre révolte, fierté et mal de vivre, est-il possible de surmonter une identité si envahissante pour se révéler à soi-même ?"