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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 21:09

Les neiges bleues - Piotr BEDNARSKI - Autrement - 2004 - Roman - 139 p

 

4e de couverture :  "Comme toujours le malheur, le gel arriva sans prévenir. Il suffit d'une seule nuit pour qu'il ouvrît son portail d'argent et semât soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d'un moulin. Ceci signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait toute sa chaude et vivifiante liqueur - désormais seuls le feu de bois, l'amour et trois cents grammes quotidiens d'un pain mêlé de cellulose et d'arêtes de poisson devaient nous défendre contre la mort."

Au coeur du système répressif soviétique des années 40, dans l'antichambre du Goulag, un petit garçon de huit ans tente, malgré les épreuves, de garder l'allégresse naturelle à l'enfance. Sur une terre froide et austère avec le Goulag pour seul horizon, certains lisent la Bible en cachette et ne se résignent pas à l'Enfer. Malgré une vie rythmée par les morts, les disparitions, les emprisonnements, le jeune Petia, condamné à devenir adulte avant d'avoir dix ans, va découvrir un terrain de jeu nécessaire et absolu où pousse une des plus belles fleurs de l'espoir : la poésie."

Piotr BEDNARSKI : "Poète et écrivain polonais, né en 1934 à Horeszkowce, une petite ville de la Pologne orientale, occupée par l'URSS en septembre 1939. Exilé avec sa famille en Sibérie durant la guerre, il se retrouve seul pour retourner en Pologne à la fin de celle-ci. Instituteur de formation, il n?a jamais enseigné ; poussé par une vocation maritime, il a passé sa vie professionnelle dans la marine marchande. Auteur de nombreux romans (Lancelot, Parsifal, La mer à mon chevet, Zeus, etc.), de nouvelles (recueil Graine de diable, etc.), de poèmes (recueils Le chant du marin, l?Arche d?Alliance, etc.). Les Neiges bleues, son premier roman traduit en français, est emprunté à sa mémoire sibérienne.

 

Mon appréciation : cet auteur est né et a survécu pour... témoigner !

Avec poésie et sans sentimentalisme outrancier, Piotr BEDNARSKI en 18 chapitres comparables à de petites nouvelles, retrace son enfance en Sibérie, au coeur du système répressif soviétique, dans l'antichambre du Goulag, où plane en permanence la menace et la pression du NKVD aux bottes de Staline.

Il décrit :

- ses instants lumineux auprès de Beauté (sa mère juive qui sans jamais rien provoquer fait naître le désir encombrant  des hommes, convoitant son corps en rêvant de son coeur, désir dont elle  ne jouera cependant guère pour s'en servir, encore moins lorsque s'enflammera l'agent, certes ennemi mais néanmoins homme, que la peception du rejet féminin entraînera dans la douleur jusqu'au drame), et de ses grands-parents déportés,

- l'absence de son père emprisonné loin des siens dans un camp de travail et sa courte réapparition avant un nouvel arrachement

- le destin marquant de Personnages dignes et magnifiques tels que  :

* le Bienheureux, un homme simple, auquel Beauté donnera son amour

* Sacha, l'homme à tout faire de l'orphelinat auquel sa fascination passionnée pour Beauté vaudra son arrestation

* pépé Evtouchenko, à l'activité étonnante. 'De temps en temps il s'y couchait afin, disait-il, de bavarder un peu avec Dieu pour ne pas devenir une brute complète. Son cercueil embellissait de jour en jour. C'était une oeuvre d'art où le grand-père exprimait ce qu'il ne pouvait traduire en paroles ou en gestes"

et tant d'autres héros du quotidien, dont le destin croisera celui de l'écrivain, voire le chamboulera

- ses journées entre les poux, la faim, le froid, l'effroi parfois

- l'amour et l'amitié, ces liens indestructibles

- la religion auquel il se raccroche fortement et la révélation primordiale dans sa vie de la Poésie.

C'est la force de la Vie par-delà les souffrances que Piotr BEDNARSKI laisse émaner dans ses lignes :

"C'est fragile la vie d'un homme : aujourd'hui il est là et demain il n'est plus".

"Nul n'a le droit d'oublier les besoins du coeur de son prochain".

"Oui, chaque être humain est un joyau"

Un témoignage dont on mesure toute la valeur à la lumière du destin de cet écrivain polonais  - qui me touche d'autant plus que je suis née sous un nom polonais (WOLNIEWICZ) en France, d'un père français et d'une mère alsacienne ; mes arrières-grands-parents paternels ayant dû fuir la Pologne pour l'Allemagne, avant que mes grands-parents arrivent plus tard dans le Nord de la France (où mon grand-père fut mineur).

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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 21:38
N'oublie pas les chevaux écumants du passé - Christiane SINGER - Le livre de poche
4e de couverture : "Comme une fenêtre ouverte sur le monde, les paroles de Christiane SINGER ont le ton libre d'une conversation intime. Profonde sans jamais être inacessible, simple sans être légère, elle nous invite à la réflexion et au partage, évoquant au fil de cette méditation aussi lumineuse que sensible le monde tel que nous le vivons, au carrefour de nos émotions et de nos attentes. Nourrissant son récit de souvenirs, d'anecdotes, de contes et de récits mystiques, l'auteur d'Eloge du mariage et de Où cours-tu ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? atteint, avec une grâce infinie, l'intime et l'universel, dans ce livre de sagesse dont on ressort apaisé et radieux."
Mon appréciation : jamais je ne me lasserai de la capacité qu'avait cette auteure à s'émerveiller devant la Vie ! Si j'ai pour habitude de noter, au cours de mes lectures, les passages marquants qui me rencontrent, de ceux relevés dans ce livre-là, je reproduirais une énorme partie de l'oeuvre ! Autant vous conseiller de la lire, dans ce cas, afin qu'elle vous rencontre à votre tour.
Même d'une mélancolie, Christiane SINGER faisait son bonheur et trouvait à travers cet état d'âme l'opportunité de nous faire la faveur d'une de ses magistrales démonstrations qui vous laissera planté là dans le plus total acquiescement, l'indéniable adhésion :
"Ainsi, aujourd'hui où la mélancolie me tient depuis l'aube, je sais que je vis un(e) bon(ne) heur(e) de mélancolie. Comme je pourrais vivre aussi un(e) bon(ne) heur(e) d'agrément ou même un(e) bon(ne) heu(e) de maladie ou de deuil. C'est un(e) bon(ne) heur(e) parce que je la soulève dans mes bras. Je la prends à moi. Je ne la laisse pas à l'abandon. Je sais que, laissée à elle-même, elle garderait ce ton gris des matériaux de construction oubliés sur un chantier et pèserait des tonnes. C'est l'accueil que je lui fais qui la transforme. C'est mon accueil qui en fait un(e) bon(ne) heur(e). Un(e) bon(ne) heur(e) de mélancolie. La transformation ne peut commencer que là où j'acquièsce. Comment dis-tu ? Je t'ai mal compris ? C'est de bonheur que je dois te parler, pas d'une heure de mélancolie.
Laisse-nous encore dériver. Nous ne sommes pas encore assez égarés. La poursuite du bonheur est dérisoire.
Voilà le poisson en quête de la mer ; "Avez-vous vu la mer ?". Il est émouvant. Dérisoire et émouvant. Il nage comme un fou, de plus en plus vite, de plus en plus loin. "Avez-vous vu la mer ?" Il la cherche au milieu des récifs de corail, dans les taillis d'algues violettes, dans les gouffres bleus, dans les fonds glauques. Il va là où personne n'est allé. "Avez-vous vu la mer ?" Jusqu'à l'instant où, à l'entrée d'une grotte, une pieuvre bienveillante vient à son secours : "Ne cherche plus ! Tu y es !"
Ce dénouement n'est-il pas la pire épreuve ? Est-il message plus dégrisant que cette petite phrase : "Tu y es !"
Jamais tu n'y a pas été, jamais tu n'en seras plus proche que tu ne l'as toujours été ! Jamais plus proche qu'en chaque instant de ta vie passée et à venir...
Ne peut-elle rendre fou, cette révélation que cela qui est là en permanence et en abondance autour de moi est cela même qui me manquait si cruellement, qui me paraissait si impossible à rejoindre...
Voilà. Chaque heure est la bon(ne) heur(e). Même ta toute dernière. Tant que tu attendras qu'il T'ARRIVE BONHEUR et que ce bonheur se tienne devant toi avec ses cadeaux et ses oripeaux, tu n'entendras ni le vent dans les branches dehors, ni en toi le souffle lent qui te visite, inspir... expir... :  son vrai langage et sa petite musique"
 
Et devant la Vie, ses mille et mille possibilités que nous n'explorons pas, par paresse ou manque de curiosité, la voilà qui, déplorant que "le monde moderne" soit "atrocement pratique" (ADORNO), redevient percutante :
"D'éminents biologistes évaluent à 20.000 le nombre de processus parallèles qui sont en cours dans une seule cellule de notre foie en un instant.
A pareil degré de pluridimensionnalité hallucinante - une seule cellule ! -, la probabilité pour chacun de nous d'être encore en vie dans la minute qui suit tient du miracle ! Cette nouvelle devrait entraîner des avalanches de conversions et d'illuminations. Quoi ! cette vie qui danse sa danse entre les abîmes est aussi MA vie ! Je réussis donc en cet instant l'époustouflante gageure d'un funambule qui, non content de rouler à bicyclette sur un fil tendu entre le clocher et la préfecture, porte encore deux douzaines d'assiettes empilées sur sa tête, tient un verre de cristal dans la main droite, une bouteille de vin dans la main gauche et se verse à boire tout en récitant le chant XVII de l'Illiade relatant la mort de Patrocle, tandis qu'il sourit à la jeune fille du sixième étage qui le contemple ébahie...
Voilà un bref résumé de ce dont une seule de mes cellules est capable - et moi qui suis composée de milliards de cellules, je serais là à traîner des savates, à maugréer et commenter aigrement les nouvelles du jour !"
Et les chevaux écumants dans tout ça, me direz-vous ?
Une invitation à l'humilité, tout simplement :
"Lorsque nous confondons le passé avec ses désastres et ses faillites, sa poussière et ses ruines, nous perdons accès à ce qui se dissimule derrière - à l'abri des regards : le trésor inépuisable, le patrimoine fertile. Nous agissons comme des enfants hargneux qui, sous prétexte d'une mésentente, refuseraient d'adopter la langue de leurs parents, sa syntaxe, son vocabulaire et ses phonèmes et se condamneraient eux-mêmes à aboyer et à gargouiller.
Car bon gré mal gré, nous vivons sur l'acquis multimillénaire de ceux qui nous ont précédés. Nous foulons la terre des morts, habitons leurs maisons, bien souvent ensemençons leurs terres, cueillons les fruits des arbres qu'ils ont plantés, terminons les phrases qu'ils ont commencées. Pas un coin de rue, pas une route, pas un pont, pas un tunnel, pas un paysage où n'ait oeuvré une foule invisible.
Cette conscience de l'intangible, loin de peser ou d'alourdir, ouvre le coeur et l'intelligence."
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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 21:29

Extrait de lecture : "Train de nuit pour Lisbonne - Pascal MERCIER - Maren Sell Editeurs"

"Paroles en silence :

Quand je lis un journal, écoute la radio ou prête attention, dans un café, à ce que disent les gens, je ressens de plus en plus souvent de la satiété, voire de l'écoeurement, parce que l'on écrit ou prononce toujours les mêmes mots - toujours les mêmes tournures, formules ou métaphores. Et le pire, c'est quand je m'écoute moi-même et constate que moi aussi, je dis toujours les éternelles mêmes choses. Elles sont si terriblement usées et défraîchies, ces paroles, détériorées par des millions d'usages. Ont-elles même encore une signification ?... Ces paroles sont-elles encore l'expression de pensées ? Ou seulement des formations sonores efficaces qui poussent les hommes de ci de là ? Il m'arrive alors d'aller à la plage et de rester la tête haut dressée dans le vent : puisse son souffle emporter hors de moi tous les mots fatigués, toutes les fades habitudes de langage, pour que je revienne l'esprit purifié, purifié des scories du discours toujours semblable. Mais à la première occasion où je dois m'exprimer, tout est comme auparavant. Je dois faire quelque chose et je dois le faire avec des mots. Mais quoi ? Mais qu'est-ce alors que je voudrais ?... Je voudrais assembler à neuf les mots... comparables à un poème tissé par un orfèvre des mots".

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 15:10

BROOKLYN FOLLIES - Paul AUSTER - Roman traduit de l'américain par Christine LE BOEUF - BABEL Actes Sud - 364 p

4e de couverture : "Nathan Glass a soixante ans. Une longue carrière dans une compagnie d'assurances à Manhattan, un divorce, un cancer en rémission et une certaine solitude qui ne l'empêche pas d'aborder le dernier versant de son existence avec sérénité. Sous le charme de Brooklyn et de ses habitants, il entreprend d'écrire un livre dans lequel seraient consignés ses souvenirs, ses lapsus, ses grandes et petites histoires mais aussi celles des gens qu'il a croisés, rencontrés ou aimés. Un matin de printemps de l'an 2000, dans une librairie, Nathan Glass retrouve son neveu Tom Wood, perdu de vue depuis longtemps. C'est ensemble qu'ils vont poursuivre leur chemin, partager leurs émotions, leurs faiblesses, leurs utopies mais aussi et surtout le rêve d'une vie meilleure à l'hôtel Existence...
Un livre sur le désir d'aimer. Un roman chaleureux, où les personnages prennent leur vie en main, choisissent leur destin, vivent le meilleur des choses - mais pour combien de temps, encore, en Amérique ?... "

Mon appréciation : qu'il s'agisse du héros, le retraité Nathan qui s'installe à Brooklyn pour y finir sa vie en occupant ses journées à la rédaction d'un saugrenu livre récapitulant lapsus et maladresses, de Tom son neveu promis à un avenir brillant mais finalement devenu chauffeur de taxi puis employé de librairie dépressif, de sa nièce au destin torturé passant du milieu pornographique au statut d'épouse modèle aux côtés d'un mari chrétien intégriste, de la petite Lucy - fille de l'épouse modèle - envoyée clandestinement par sa mère vers son oncle pour la sauver des griffes du fanatisme religieux et pervers, de Harry, ex galeriste, magouilleur, et ex taulaud, ou encore de la "JMS" (Jeune Mère Sublime) mariée et "reine de Brooklyn" par sa beauté rayonnante... dans ce roman haut en couleurs, teinté d'humour, de désarroi et d'amour, les destins s'entrecroisent, interagissent les uns sur les autres.

Paul AUSTER a l'art de dire, l'art de séduire son lecteur. Ses digressions sont délectations : hors ses personnages il se permet de nous enseigner ! Je pense à la touchante scène de Kafka dont il nous apprendra que cet auteur reconnu s'était prêté à l'écriture de plusieurs lettres au nom d'une poupée disparue dans l'unique but de consoler la petite fille rencontrée en pleurs dans un parc, l'amenant ainsi doucement à faire son deuil de ce jouet important pour elle.

Séduisante aussi l'idée d'un Hôtel Existence :" la seule raison d'être d'un hôtel était d'assurer bonheur et confort, et dès l'instant où on avait signé le registre et où on était monté dans sa chambre, il n'y avait plus qu'à demander et on avait tout ce qu'on voulait. Un hôtel, ça représentait la promesse d'un monde meilleur, un endroit qui était davantage qu'un simple endroit, c'était une occasion, une chance de vivre à l'intérieur de vos rêves...une retraite, un monde que je pouvais visiter en pensée... l'évasion... Tout le monde en a un. Et de même qu'il n'existe pas deux hôtels identiques, chaque Hôtel Existence est différent de tous les autres".

La différence entre une existence et une vie ? "Existence c'était plus grand que simplement  vie. C'était la vie de tout le monde ensemble".

Le roman s'achève sur les tristes événements du 11 septembre 2001. Deux heures auparavant Nathan, hospitalisé à la suite d'un malaise, venait de prendre conscience de la fragilité de ces vies autour de lui et de la sienne. En réaction, il élaborait dans sa tête un nouveau projet : monter sa société "Bios Unlimited". C'est décidé, il deviendra biographe. ("Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres")...

Brooklyn ? Un quartier rempli... d'existences !  

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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 22:00

Le visiteur - Eric-Emmanuel SCHMITT - Actes Sud Papiers - THEATRE - 63 pages

Note de l'éditeur : "Vienne 1938 : les nazis ont envahi l'Autriche et persécutent les juifs. Par optimisme, Sigmund FREUD ne veut pas encore partir ; mais en ce soir d'avril, la Gestapo emmène Anna, sa fille, pour l'interroger. FREUD désespéré, reçoit alors une étrange visite. Un homme en frac, dandy léger, cynique, entre par la fenêtre et tient d'incroyables discours... Qui est-il ? Un fou ? Un magicien ? Un rêve de FREUD ? Une projection de son inconscient ? Ou bien est-il vraiment celui qu'il prétend être : Dieu lui-même ? Comme FREUD, chacun décidera, en cette nuit folle et grave, qui est le Visiteur...

Mon appréciation : dans cette rentrée littéraire 2007, je me suis octroyée un intermède en découvrant cette pièce jouée pour la première fois en 1993, toujours jouée actuellement, ayant obtenu les prix du meilleur auteur, de la révélation théâtrale et du meilleur spectacle au cours de la Nuit des Molières de 1994. J'ai passé un bien agréable moment en m'y plongeant. Malgré un contexte historique grave, l'auteur a su ici avec talent éviter l'écueil du pathos en imaginant cette rencontre entre Dieu et Freud. Avec humour, il aborde la foi du psychanalyste à dominante scientifique. Les questions abordées, transférables à notre époque contemporaine, sont traitées avec intelligence.

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23 août 2007 4 23 /08 /août /2007 22:18

Toutes ces vies qu'on abandonne - Virigine OLLAGNIER - Editions Liana LEVI - Roman - 282 pages

Présentation de l'éditrice : "Annecy, décembre 1918. La guerre est officiellement terminée, mais les trains continuent de ramener du front des hommes à jamais marqués dans leur chair. Certains sont défigurés, amputés. D’autres paraissent indemnes, mais n’en sont pas moins blessés au plus profond d’eux-mêmes. C’est ceux-là que Claire, jeune novice et infirmière, tente, par ses mains et sa voix, de ramener à la vie dans le service du Dr Tournier, médecin aliéniste à l’hôpital Saint-Joseph. L’un d’eux, à l’identité inconnue, muet, cataleptique, ne semble pas vouloir se réveiller. Pourtant ses yeux s’ouvrent parfois. Autour de lui, tous s’affairent, suspendus à ses lèvres. Ces lèvres que les souvenirs qui déferlent en lui ne semblent pas pouvoir franchir. Alors que sa vie se révèle par bribes au lecteur, elle demeure mystérieuse pour Claire, chaque jour plus émue par ce corps sans défense. Pour tous les deux, tout est encore possible. Quelle vie Claire choisira-t-elle? Et lui, après le traumatisme qu’il a subi, choisira-t-il d’abandonner la vie ?

À propos : Avec un indiscutable talent littéraire, l’auteur aborde la question du choix de vie auquel s’ajoute le tournant historique de la Première Guerre mondiale, déterminant pour l’évolution de la médecine et celle de la place de la femme dans la société."

L'auteure : Virginie OLLAGNIER, née à LYON en 1970, est formatrice en communication écrite et en ergonomie, et scénariste de la bande dessinée Kia Ora. Elle signe là son premier roman."

Lire un extrait : http://www.lianalevi.fr/litterature/vies_abandonne.htm

 

Mon appréciation : il y a des livres qui semble vous appeler. Celui-ci l'a fait plusieurs fois avant que je ne m'accorde le temps de l'emporter avec moi, fiévreuse que j'étais de découvrir les romans de la rentrée. Je ne regrette pas cette lecture ! Dans les lignes de ce premier roman, j'entrevois un sacré talent d'écriture ! Rien ne pêche dans ce livre. L'histoire est intéressante, captivante. Les dialogues sont apporteurs et les monologues de la conscience de cet homme prostré sont prétexte à nous faire plonger dans son mystérieux passé. Au-delà de l'histoire d'amour, la prise de conscience de la jeune novice face à son propre désir est comme un aveu intime. Aux premiers pas de la psychanalyse, l'auteure nous invite à assister. Ramener un homme éteint vers la conscience, trouver le chemin qui permettra d'aller le chercher là où il est resté, lui redonner le goût de vivre, etc. est une tâche délicate que Virginie OLLAGNIER décrit admirablement bien , avec une humanité qui transpire dans toute l'oeuvre. Un roman dont la maîtrise mérite d'être saluée !

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10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 21:40

Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? - Christiane SINGER - Albin MICHEL - Spiritualité - 174 pages

4ème de couverture : "Il est difficile au milieu du brouhaha de notre civilisation qui a le vide et le silence en horreur d'entendre la petite phrase qui, à elle seule, peut faire basculer une vie : "Où cours-tu ?". Il y a des fuites qui sauvent la vie : devant un serpent, un tigre, un meurtrier. Il en est qui la coûtent : la fuite devant soi-même. Et la fuite de ce siècle devant lui-même est celle de chacun de nous. "Où cours-tu ?". Si au contraire nous faisions halte - ou volte-face - alors se révèlerait l'inattendu : ce que depuis toujours nous recherchons dehors veut naître en nous" (Christiane SINGER).

Mon appréciation : pour qui chemine intérieurement, ce livre est une réflexion véritable. Je recommande chaudement les lignes de Christiane SINGER. Elles sont amour, sincérité, incitation, foi et transmission puissante. Disparue en avril dernier (je vous ai déjà parlé de son dernier livre "Derniers fragments d'un long voyage"), à la lumière de son témoignage, son invitation à "vivre ce qui nous rencontre" est bouleversante. De l'excellente nourriture spirituelle.

"Nous n'avons que l'amour pour avoir accès au réel." "Dans notre univers contemporain et carcéral voué entier au mercantilisme et à l'insignifiance, ce qu'il s'agit à tout prix d'éviter, c'est la profondeur et l'intensité. Tout est mis en place, construit, inventé, dressé, produit, distribué pour détourner de l'amour et servir de rempart à son rayonnement incendiaire. Ce n'est pas, bien sûr, l'amour qui s'en trouve menacé. Ce qui est menacé, c'est notre faculté d'aimer"

Je vous laisse méditer !!!

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8 août 2007 3 08 /08 /août /2007 20:57

Le vieux qui lisait des romans d'amour - Luis SEPULVEDA - Editions METAILIE - Roman - traduit de l'espagnol (Chili) par F. MASPERO - 137 p

4e de couverture :  Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d'hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve. Mais Antonio José Bolivar a découvert sur le tard l'antidote au redoutable venin de la vieillesse: il sait lire, et il a une passion pour les romans qui parlent d'amour, le vrai, celui qui fait souffrir.

Partagé entre la chasse et sa passion pour les romans, le vieux nous entraîne dans ce livre plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus.

 

Mon appréciation : déjà tombée sous le charme de cette écriture à travers les récits du recueil "Les roses d'Atacama", je me pâme une nouvelle fois ! Dès la première phrase du roman, j'ai capoté et compris que je ne lâcherai pas ce livre avant sa fin ("Le ciel était une panse d'âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes"). L'évocation est puissante. Comme nul autre, Luis Sepùlveda captive et mène son lecteur dans un autre univers. On décroche  tout bonnement de tout pour le suivre dans cette forêt amazonienne où la vie est respectée pour ce qu'elle est malgré la rudesse des conditions, où l'animal le plus redoutable demeure un adversaire qui force la considération, où l'hospitalité des Shuars (l'auteur a véritablement vécu plusieurs mois avec eux) en parfaite connaissance et harmonie avec leur environnement (hélas menacé !) est un geste normal d'entraide humaine.

Ce portrait d'un vieux rustre économisant son dentier (parce que les dentistes ne fréquentent guère les forêts amazoniennes, c'est bien connu !) solitaire, lucide sur ce qu'il vaut, assoiffé de livres dans une contrée où rien ne les amène, que le destin jette dans des épreuves dont il se passerait volontiers parce qu'il préfère simplement lire des romans d'amour, surprend et ravit. Contraint de traquer une femelle jaguar dont on a tué les petits et blessé le mâle, le face à face avec la bête est pour lui bien autre chose qu'une chasse. Impossible de ne pas se ranger à ses sentiments.

En savoir un peu plus :

- l'auteur : étudiant en lettres, Luis Sepùlveda est emprisonné pendant 2 ans 1/2 à la suite du coup d'état de Pinochet. Libéré puis exilé, il voyage à travers l'Amérique latine et fonde des groupes théâtraux en Equateur, au Pérou et en Colombie. En 1978 il participe à une recherche de l'UNESCO relative à l'impact de la colonisation sur les populations amazoniennes et passe 1 an chez les Indiens Shuars. En 1982, il s'installe en Allemagne  jusqu'en 1996 puis en Espagne. Il écrit des chroniques régulières dans le quotidien espagnol 'El País' et dans divers journaux italiens.

Ses oeuvressont aujourd'hui des best-sellers mondiaux.

"Le Vieux qui lisait des romans d'amour", son 1er roman traduit en français, a reçu le prix France Culture du roman étranger en 1992 ainsi que le prix Relais H du roman d'évasion. Il est traduit dans 35 langues.

- lire un extrait du livre : http://www.editions-metailie.com/indoc/cata_premier.asp?ID=783

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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 15:11

HARRIBITXI Un coeur de pierre - Olivier GOUJON - Histoires d'encre - Roman - 435 p

4e de couverture : "une rencontre aussi inattendue qu'extraordinaire va exploser la vie de Lola, modeste employée de banque de 29 ans. Un destin exceptionnel est en marche. Jusqu'où la conduira-t-il ?
 
Roman atypique aux multiples rebondissements et aux personnages hauts en couleurs, "Harribitxi" peut s'apparenter à un conte philosophique moderne, associant habilement des techniques de développement personnel, des enjeux environnementaux, des manœuvres politiques au sommet de l'Etat français à travers l'évolution irrésistible de son héroïne.
 
Ce premier roman d'Olivier Goujon devrait interpeller chaque lecteur sur sa propre mission sur Terre. La rencontre entre Lola et un personnage merveilleux - Harribitxi - est la colonne vertébrale du récit qui a pour but à la fois de faire rêver le lecteur mais également de le sensibiliser à certaines questions essentielles et pleines de sens pour encore mieux apprécier la magie de la vie."

 

Mon appréciation : si vous êtes prêts à pardonner certaines maladresses de ce premier roman écrit par son auteur en 3 mois seulement, vous adhérerez à la conviction très affirmée qu'il expose : nous avons tous une mission sur terre. La sienne sautera à vos yeux. Prodiguant des conseils de bien-être, déroulant plusieurs thèses ayant aujourd'hui cours en termes de développement personnel, vous trouverez quelques outils et matière dans ce livre à cheminer vous-mêmes. Il nous le dit : "la vie n'est pas un combat, la vie est un jeu. Joue, prends-y du plaisir et réalise ton rêve et ta mission", car "l'énergie suit la pensée", et "tu es généralement responsable de ce qui t'arrive"... En parallèle, il sensibilise le grand public à la préservation de l'environnement, ce qui en soi est déjà un défi majeur à notre époque en matière d'énergie et de survie de l'homme (dont le bien-être sera indéniablement lié à ce qu'il fera de la planète). Vous serez enfin amusés par certains portraits reconnaissables de personnalités aux patronymes modifiés, fredonnerez avec lui certains extraits de chansons qu'Olivier GOUJON sème ici et là dans le but d'illustrer la pensée de ses personnages ou situations, et suivrez son héroïne dans une histoire aux envolées imaginatives parfois audacieuses. Un livre à emporter en vacances et tant pis pour son poids dans votre valise, puisqu'il est, somme toute la petite pierre apportée à l'humanité par un jeune auteur rempli de foi en son oeuvre qui ne triche pas avec ses rêves.

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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 21:51
Mensonges de femmes – Ludmila OULITSKAIA – Gallimard - Nouvelles - 188 p.
 
Présentation de l’éditeur :
Dans ce livre, qui se présente comme un roman à épisodes, la grande romancière et nouvelliste russe Ludmila Oulitskaïa nous propose de subtiles variations sur le mensonge au féminin. Car, d’après notre auteur, les mensonges des femmes se distingueraient nettement de ceux des hommes, et seraient presque toujours dépourvus de finalité. Génia, le personnage principal, est ainsi confrontée à toutes sortes d’inventions ou d’affabulations. Comme le récit d’Irène, dont elle fait la connaissance en vacances en Crimée, sur la mort de ses enfants, qui l’émeut jusqu’aux larmes. La petite Nadia s’invente un grand frère, Lialia une liaison avec un peintre célèbre, et Anna se prétend poète...
Chaque nouvel épisode de ce roman à thème illustre à sa manière l’étendue du talent de Ludmila Oulitskaïa, la précision de son sens de l’observation, l’originalité de ses canevas, et surtout, une grande tendresse pour ses personnages et à travers eux pour l’être humain et ses faiblesses.
Ludmila Oulitskaïa est aujourd’hui un des auteurs russes les plus lus dans le monde. « Mensonges de femmes » est son huitième livre traduit en français et publié aux éditions Gallimard.
Mon appréciation :
Une héroïne itérative dénommée Génia sert de fil conducteur dans ces 6 histoires  :
1.      Diana : Irène est une rousse superbe, un peu délurée, aimant à se griser au porto. Dès son arrivée, elle subjugue Génia et lui fait passer d’interminables soirées envoûtantes au cours desquelles elle divulgue ses confidences. Mais pourquoi s’invente-t-elle des grossesses non avenues ?
2.      Le grand frère : Génia se retrouve en vacances à la campagne avec 4 garçons (2 fils et 2 neveux). Il pleut et les garçons s’ennuient âprement. Arrive Nadia, une fillette de 10 ans, avec sa fantaisie et son imagination débordante. Mais pourquoi évoque-t-elle un frère visiblement inexistant  ?
3.      Fin de l’histoire : Lialia, 13 ans, nièce de Génia se prend de passion amoureuse pour son oncle artiste-peintre. Elle prétend avoir des relations physiques avec cet homme tandis que son épouse serait au courant. Lialia raconte ses ébats à Génia qui finit par vouloir en avoir le cœur net…
4.      Un phénomène de la nature : Anna Véniaminovna , enseignante à la retraite, laisse entendre à son élève Macha qu’elle écrit. Celle-ci, s’enthousiasme devant cette poétesse non révélée. Au décès d’Anna, à son détriment, Macha découvre la supercherie...
5.      Une bonne occasion : Génia, rédactrice de scenarri de films documentaires reçoit commande d’un metteur en scène suisse. « La délicatesse de l’affaire, c’était que le film était consacré aux prostituées russes en Suisse ». Amenée à rencontrer des prostituées, Génia a la désagréable impression de toujours réentendre la même histoire quand arrive le moment de recueillir leurs témoignages.
6.      L’art de vivre : tout est soigneusement planifié, organisé dans l’existence de Génia. Une vie de femme moderne bien réglée et minutée. Mais un jour c’est l’accident et le cours des choses bascule...
Cette galerie de menteuses ne vous apportera pas la réponse à la question du pourquoi des mensonges féminins. Mais chacune de ces femmes vous ramènera à son vécu. Habitées tantôt par le désir, le rêve, la douleur ou la fuite existentielle. Personne ne les jugera, personne ne les dénoncera non plus. Ce sont néanmoins de véritables portraits que nous dépeint ici Ludmila Oulitskaïa, dans une ambiance toute russe.
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