Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

L'auteure

Rechercher

En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

Archives

19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 16:01

link

 

Il n'est n'est plus. Et de l'apprendre m'a touchée. Je l'avais écouté avec passion, il y a deux ans.

link

Il me laisse un goût de regret à la marge de ce jour.

 

Repost 0
Published by Marianne - dans Les auteurs en live
commenter cet article
16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 20:42

 

Comment être écrivain ?

Je vous invite à écouter la vidéo parue sur le site "Envie d'écrire" dans laquelle l'écrivain uruguayen à la lueur de ces vidéos est interrogé sur cette question.

 

"L'écrivain est toujours deux"

"L'écriture mêle souffrance et plaisir"

"La vanité de l’écrivain"  

sont les autres thèmes abordés avec l'auteur.

 

Qu'est-ce qu'un écrivain ?

à la lueur des explications de cet auteur :

- L'écrivain est quelqu'un qui est d'abord convaincu de l'être.

- L'écrivain est un personnage qui s'est inventé et qui écrit une oeuvre

  (mais ce personnage est souvent peu probable face à ceux sont ses proches).

- La difficulté d'écrire est sa souffrance,savoir qu'une histoire fonctionne et pouvoir terminer un livre sont ses joies.

 

Pourquoi écrit-il ?

"Un écrivain écrit pour se distraire, pour s'amuser.

Il croit qu'il a quelque chose à dire, et c'est pour ça qu'il écrit. Mais peut-être il n'a rien à dire..."

 

"L'auto-ironie est un moyen de combattre la part de vanité qui pourrait être dangereuse pour un écrivain". Quand l'écrivain monte très haut, penser à la vanité, lui permet de revenir sur terre.

 

Repost 0
Published by Marianne - dans Les auteurs en live
commenter cet article
6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 21:00
  JB-PONTALIS-1.4.2010.JPG 

« Ce livre fait écho à En marge des jours. Comme lui, il est composé de fragments, comme lui il a trouvé son point de départ dans de brèves notes que j’inscris parfois dans mon Cahier privé. Mais ici sont évoqués ce que Victor Hugo dans "Choses vues" appelait des événements de la nuit : des rêves qui redonnent vie aux amis disparus, des rencontres qui, même si elles ont lieu le jour, ont quelque chose d’insolite, des moments d’inquiétante étrangeté où notre identité vacille, ou encore ceux où l’on se demande : "Qu’est-ce que je fais là ? " La présence de la mort à venir va de pair avec l’attrait pour la vie, avec l’inlassable curiosité qui anime l’enfant avide d’explorer ce qui l’entoure. à cet enfant je donne un nom : Alice. »

Jeune homme, J.-B. Pontalis se destine à la philosophie. Il a Sartre pour professeur et continue à le fréquenter au Flore et à La revue des Temps modernes, mais son chemin croise celui de Lacan, et le jeune agrégé entame une psychanalyse.
Il devient une figure essentielle du mouvement psychanalytique français en participant à la fondation de l’Association française de psychanalyse puis en créant La Nouvelle revue de psychanalyse.
Par ailleurs, il est l’auteur, avec Jean Laplanche, du fameux Vocabulaire de la psychanalyse.
----
CONVERSATION avec J.-B. Pontalis du 1er avril 2010 à  la librairie Kléber de Strasbourg. Rencontre animée par Isabelle Baladine Howald, poète, libraire et Daniel Lemler, psychanalyste. »

 

Vient de paraître : En marge des nuits (Gallimard).

 

-----

 

 

  

 

 Il n'a jamais écrit de journal mais "ses carnets privés" recèlent des passages dont J.P. PONTALIS nous dévoile plusieurs extraits.

 

 

Interrogé sur le songe et le rêve, il expose que le songe permet peut-être une traversée des apparences, à notre insue. "Un message venu d'un autre monde qui se prête moins à l'interprétation qu'un rêve. Le monde du songe illumine. Dans les rêves, il y a souvent une telle intensité des images que ces formes de soi qui y sont représentées ont une présence quasi hallucinatoire."

 

J.B. PONTALIS cite le sonnet 43 de Shakespeare  : "je ferme les yeux pour regarder le monde".

 

  

 

Daniel LEMLER, lui-même psychanalyste, assis à ses côtés, avoue avoir lu ce livre comme on reçoit les confidences d'un aîné. "Avec les nuits, on touche aux ténèbres" souligne-t-il. "Le travail du rêve et le travail de la mort"...

 

Le travail du rêve, c'est l'inconscient à l'oeuvre que nous apprivoisons.

 

 

J.B. PONTALIS différencie le rêve du cauchemar. Il prend son livre entre ses mains et sa voix s'élève dans le silence de l'assemblée présente : "Quand la nuit cesse d'être romantique (chap 14): "Michaux : La nuit remue. Elle remue les images, elle remue la mémoire, elle met à mal la logique, elle bouscule la pensée en la libérant de son arrimage à la réalité que nous impose le jour et à laquelle tant bien que mal nous consentons à nous soumettre...."

 

 

Enchaînant sur les "rêves concentrationnaires", J.B. PONTALIS constate qu'au coeur de la tourmente des camps de concentration, les rêves des prisonniers furent des rêves de faim, de retour à la maison (annonciateur de la mort). Méfiance face aux rêves de salut !

 

  

 

Quant à l'écriture de J.B. PONTALIS, sur laquelle l'interroge Isabelle Baladine Howald , le psychanalyste appelle Anna de NOAILLES : "j'écris pour le jour où je ne serai plus".

"En marge des nuits" ne révèle rien de privé mais donne néanmoins à voir de l'intimité de son auteur. Il plaît à cet homme de plume de "créer un espace tout à fait particulier où son intimité résonne comme l'intimité d'un autre". Cela revient à dire aux autres "eh j'existe !" . "On écrit pour exister, pour être reconnu. On n'existe que parce que les autres nous font exister."

 

  

 

Ce livre est entre le rêve et la réalité, entre la nuit et le jour, entre la vie et la mort. 

 

Le chapitre 39 évoque un homme en dépression sévère. J.B. PONTALIS en fait lecture

 

"Tu devrais m'inviter dans un lieu où je ne sois pas" y suggère le dépressif à son frère désireux de l'inviter en vacances. Ici, comprendre que ce que désire le malade, c'est "d'être en vacances de soi"...

 

  

 

JE et MOI, J.B. PONTALIS tient réellement à les distinguer. "Ego scriptor" (chap 28) : "je perçois... une opposition plus qu'une différence, entre "je" et "moi". Bien que les travaux de LACAN et ceux de SARTRE aient précédé cette vision de PONTALIS, une illumination nocturne a forgée en lui une certitude : "je suis convaincu qu'en m'accrochant à ce qui oppose "je" et "moi", je suisau plus près de ce que peut représenter pour certains l'acte d'écrire. Je pense à LEIRIS, je pense aux Cahiers de VALERY... l'opposé d'un journal comme celui que pendant des années a tenu son ami GIDE, rien d'intime, pas de confidences, nulle météorologie de l'âme, pas de bulletin de santé. Non, VALERY ne se regarde pas, il laisse venir les pensées qui jaillissent comme des fusées et, vite, il les inscrit avant qu'elles ne disparaissent. Ce sont des pensées étranges, obscures même à ses yeux. D'où viennent-elles ? De la nuit, et alors à l'aube dans le silence tout autour, dans l'impatience, il note, pas question de différer. Le temps viendra bien assez tôt où il lui faudra se soumettre à l'ordre des discours, communiquer, se rendre intelligible.

 

Entre la nuit et le jour Ego scriptor. Je écrit. Je parle, quand, se croyant absent de sa parole, il parle enfin pour de vrai. 

 

J'y tiens tant à cette différence entre écrire sur soi et s'écrire que j'ai avancé, ici et là, le terme d'autographie. L'autographie n'est pas un genre littéraire comme le journal intime, les Mémoires, l'autobiographie, l'autoportrait. A mes yeux elle est à la fois la source et la finalité de l'acte d'écrire". 

L'idée, celle qui surgit dans cet état hors temps et hors logique, cette idée qui tombe, est assimilable à un événement pour J.B. PONTALIS, désireuxs de remonter jusqu'à la prime source de la pensée.

  

 

Dans cette lenteur du songe, dans la déconcertation qu'engendre le rêve, tous les temps se mêlent, se conjuguent, se rejoignent. Tous les âges de la vie peuvent surgir dans le rêve. C'est un autre espace ("l'espace du rêve... si cher à CHENG).

 

Mais, JB PONTALIS  l'avoue : "rêver parfois me fatigue". Son activité onirique est si rapide, les événements s'y succèdent si vite...

 

"La psyché est étendue" constatait FREUD. Or, le travail de l'analyste - tel un pédiatre établissant son diagnostic via la palpation de l'enfant encore incapable de dire son mal - consiste à palper la psyché, car il n'y a pas que les paroles !

 

C'est avec émotion dans la voix que PONTALIS révèle au final qui est cette Alice à laquelle est dédié son livre : sa petite-fille, en pleine naissance du langage tenant des conversations avec son grand-père, lui, l'homme de 84 ans à l'autre bout de l'expérience du langage ou des mots.

 

  

 

  

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Marianne - dans Les auteurs en live
commenter cet article
17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 21:17


P140110_18.46.jpg
Opposant à la dictature d’Augusto PINOCHET et emprisonné sous son régime (notoire pour ses violations des droits de l’homme), Luis SEPULVEDA, auteur du célèbre roman « Le Vieux qui lisait des romans d’amour », présentait le 14 janvier 2010 à STRASBOURG  (siège de la Commission des Droits de l’Homme…) son dernier livre paru en français aux éditions METAILLE :
« L’ombre de ce que nous avons été ».

L'écrivain, regard baissé, s’installe devant l’assemblée installée dans la salle blanche de la Librairie Kléber. A ses côtés, son éditrice, Anne-Marie METAILLE, maîtrisant parfaitement l’espagnol, traduit au fur et à mesure, l’intervention de l’auteur.

 

Ce n’est pas un hasard si votre livre sort ? Des élections (2e tour) sont en cours au Chili… Le Berlusconi chilien risque de remporter ces élections…

Je ne sais pas si c’est le hasard qui fait ces choses…. Le hasard mélange toujours les choses très étranges…Je suis très content que mon livre sorte en traduction française, mais je ne suis pas content de voir un candidat de droite arriver en même temps…J’ai écrit un roman qui n’est pas un roman modéré. La droite modérée n’existe pas au Chili….

Peur d’une droite musclée ?
Non. Plus peur comme d’une dictature, mais ce qu’il y a c’est un désenchantement vis-à-vis de l’actuel gouvernement... La coalition gouvernementale n’a strictement aucun charisme.  

Venons-en à cette période de votre vie. 1969-1973. Vous avez subi dans votre chair… (Michelle BACHELET aussi…) ces événements. Pourquoi avez-vous été arrêté ? Quand et comment cela s’est-il passé ?

C’est une très longue histoire. J’ai été simplement un jeune Chilien qui a fait ce qu’il devait faire. Je faisais partie de l’escorte du Président ALLIENDE et puis j’ai écrit des livres tout petits et très peu chers. On faisait des éditions de 250 exemplaires de littérature générale et classique… J’ai été le représentant de l’Etat dans l’agro-industrie dans un élevage avicole. Et depuis ce jour je déteste les poulets !
Après le coup d’état militaire, j’ai été emprisonné. Dans une farce de procès, j’ai été condamné à mort, peine commuée en 28 ans de prison. J’avais 23 ans. J’étais optimiste. Je me disais que j’allais sortir à 51 ans… Amnisty International a obtenu qu’on change ma peine en exil et jusqu’à la fin de la dictature, j’ai vécu en exil.

 Qu’avez-vous vécu, vous et les autres emprisonnés ?

Je ne voudrais pas vous décevoir, mais les Chiliens sont très peu pathétiques. Nous avons un humour particulier !
La différence avec les Argentins, par exemple…Quand un Argentin est abandonné par sa femme, il tombe dans une dépression profonde, et va voir un psychiatre toute une année. Il en arrive à la conclusion que c’est de la faute de son père, a payé beaucoup d’argent, tombe dans une dépression profonde et finalement s’achète une guitare et compose un tango… 
Quand un Chilien est abandonné par sa femme, pas de dépression. Il va dans une boucherie, achète 10 kg de viande, organise un barbecue, fait des grillades et raconte à ses amis que sa femme l’a abandonné. Tous ses amis se moquent de lui. Ils en arrivent à la conclusion que c’est lui le responsable, que les cornes sont seyantes et le lendemain le Chilien est prêt à rencontre une nouvelle femme !

Quand on parle avec les camarades, les conversations sont joyeuses. D’abord parce que nous sommes vivants et parce que nous avons des enfants. Nous avons conservé notre intégrité. On marchait avec dignité dans la rue. Ils n’ont eu qu’une victoire temporaire, mais la victoire finale, c’est nous qui l’avons eue.
Il y a toujours de l’humour quand nous évoquons des souvenirs forts.

A Paris, j’ai rencontré des amis ex militants de gauche. Ils ont demandé : « tu te souviens de ce camarade qui a voulu se suicider ? Il s’est jeté du 5ème étage. » « Je ne me souviens plus du nom de ce camarade. » « Pas d’importance. Tu sais comment on l’appelle maintenant ? » « Non ». « El Condor Paso !!! ».

Cet humour débridé se retrouve à chaque page dans ce nouveau livre relatant des événements incroyablement tragiques ! Etait-ce absolument évident de l’écrire ainsi ? Comment est né ce livre ?

Il y a 2 ans, un ami nous a invités à manger de la viande grillée… [L’assemblée s’esclaffe de rire !] Juste se réunir pour manger ensemble. De la viande. … [L’assemblée se remet à rire. Luis SEPULVEDA, apparemment imperturbable poursuit.] Cinq ou six couples sont arrivés. Je regardais cet ami allumer les braises. Parce que… chaque Chilien a sa manière secrète et particulière de faire les braises… Il a commencé à cuire la viande et nous sommes tous restés à distance. Parce que chaque Chilien a sa manière de cuire la viande et n’admet pas les critiques…. Je le regardais. L’ami qui a été le plus haï de la dictature. Il était le dirigeant du Front Miguel Enriquez entre 1978-1988. Cette organisation n’a pas laissé à Pinochet, un instant de répit. La majorité des militaires était très jeune. Et elle est morte. La dictature avait donné l’ordre de faire tuer cet homme.

On a commencé à manger. On a accompli tout le rituel des grillades : saucisses, abats, poulet comme il doit être (c’est-à-dire croquant !). Après, le mouton, le porc. On a attaqué le bœuf. Nous avons bu à la santé du cuisinier. Et lui a dit que la viande chilienne est meilleure que la viande argentine. On parlait de tout, sauf de la prison et de l’exil.

A un moment donné, l’un d’eux a sorti une photo de ses enfants … [L. SEPULVEDA explique  qui s’est marié avec qui en Europe… mais riant tellement j’en ai omis de noter les liens !!! On me pardonnera cette omission !] et petits-enfants. Dans ces photos-là, il y avait un thème plus intéressant que la prison et l’exil…

A un moment de la fête, une jeune fille de 15 ans a demandé : « pourquoi vous nous racontez pas des histoires de quand vous aviez 15-16 ans ? Et nous avons raconté des histoires et elle a découvert que nous étions à cet âge déjà des militants et que nous avions une vie intense, que nous étions universels. Et on a commencé à parler du gouvernement Alliende, toujours sur le ton des anecdotes. Et d’un Chilien psychiatre très connu à Paris qui a vécu la torture, s’était fait arracher les ongles de pieds. On était tous passé par là.

L’ami psychiatre à l’époque était… On lui avait soigné les pieds pour éviter l’infirmité.
XXX regarda ses pieds : « Le pédicure des militaires est vraiment mauvais et je ne lui ai pas laissé de pourboire ! »

C’est une forme d’humour atroce mais il nous donne de la force, beaucoup de force.

On a parlé de ça à ce dîner. De l’exil. Jusqu’à ce qu’un ami me demande ce que j’étais en train d’écrire en ce moment. « Rien. Mais demain je commencerai un livre avec des héros qui seront comme vous, avec le même regard ironique, avec votre humour. »

Il n’y a rien de plus subversif que l’humour.

Ce roman est un hommage aux gens de ma génération, qui a commis beaucoup d’erreurs mais a aussi des succès et qui a des aspects qui la rende très grande.

 

Les jeunes de cette époque, très universels, dans le monde, qui rêvaient d’un monde meilleur et essayaient de le mettre en place, etc… Quel regard portez-vous sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

Je ne suis pas assez vieux pour donner des conseils aux jeunes. Je crois que les jeunes ont une vie plus difficile. Nous, nous avions beaucoup à gagner ; eux, aujourd’hui, ont beaucoup à perdre. La jeunesse d’aujourd’hui perd de plus en plus de droits. Nos contrats de travail étaient dignes. Actuellement, cette idée est inconnue aux jeunes en Europe, ils ont des contrats minables.

Que les jeunes défendent leur jeunesse avec toute leur force ! Qu’ils ne soient pas vieux avant l’âge dans ce monde géré par des banquiers… Les gouvernements sont des figures purement décoratives car ce sont les grandes entreprises qui décident. La crise mondiale que nous connaissons a été provoquée par cent banquiers de Wall Street ! Tous les états aujourd’hui, avec notre argent, paient les pertes des banques. Et cela donne aux jeunes un futur très incertain.

 

Les Chicago Boy’s….. Le Chili, théâtre d’un ultra libéralisme débridé…. Voyez-vous des similitudes avec notre situation actuelle ?

Oui. Une relation directe ! Le marché devait s’autoréguler… Ce qui se passe c’est que tous les états, depuis la chute du mur de Berlin, ont eu une confiance aveugle. Par exemple, il y a trois ans, sont rentrés dans l’Union Européenne les pays de la Baltique.

En Lettonie, aujourd’hui, l’homosexualité est punie et l’avortement est un délit. Et toute une série de situations violent les droits de l’homme.

On pensait que le marché allait résoudre ces légers problèmes… de droits de l’homme…

La Pologne a été gouvernée par des jumeaux effrayants. L’un a été chef du gouvernement et l’autre ministre. Ils remettent en question des conquêtes européennes.

Et la réaction du gouvernement a été que le marché allait leur apprendre à résoudre ces problèmes…

En 1982, Pinochet a investi dans la Bourse l’argent, les retraites, et les a perdus. La présidente Michelle Bachelet a dû résoudre le problème de ces millions de personnes sans retraite…

 

Chili du déni ou Chili de la sublimation pour un exilé ? Comment retrouver le Chili d’avant ?

Il y a un Chili qui reste toujours dans notre mémoire, mais nous savons que nous ne pourrons jamais y revenir. Nous pourrons peut-être récupérer les valeurs du Chili dont la situation est très confuse.

Vu d’Europe, on pense que c’est le meilleur pays économique de l’Amérique Latine. Jusqu’en 1973, le Chili était un pays qui exportait des biens manufacturés et ne faisait pas qu’exporter du minerai de cuivre brut. Le monde entier a fait son électrification avec du fil de cuivre brut manufacturé au Chili. Jusqu’en 1973, le Chili a été la 3ème puissance exportatrice de textile. Presque 12 % de la population travaillait dans le textile. Il y avait des industries de biens intermédiaires qui trouvaient un marché naturel à l’intérieur de l’Amérique Latine. De Mexico jusqu’à Ushuaïa, on pouvait voir des publicités : « si c’est chilien, c’est bien ».  Cela définissait l’industrie chilienne.
En Colombie, on consommait des biens de consommation chiliens. On savait qu’ils ne valaient pas les frigos du nord de l’Amérique.

En 2010, aucun bien manufacturé par le Chili ! Il importe tout ce dont il a besoin. Il exportait du cuivre, des fruits, du poisson. La dictature a renvoyé le Chili à la situation d’un pays qui importe tout !

Les génies de l’économie libérale de marché, qui transformaient les pays asiatiques en grand pays producteurs de biens manufacturés… Nous savons que 99 % des chaussures sont fabriquées en Chine, 99 % des composants des ordinateurs…

Résultat, un affaiblissement de l’industrie dans beaucoup de pays avec aussi un affaiblissement de la classe prolétaire et de la culture dans le monde.

Le Chili vit actuellement une situation dramatique parce que le gouvernement de la concertation et de la droite se sont trompés à un moment quand ils ont dit que la transition est terminée. Elle commencera quand elle aura une vraie constitution.

Le continent américain est un creuset de différences.  70 % des Indiens de mon pays ne sont pas représentés. La majorité de la population n’est représentée qu’en Bolivie. Chaque pays a ses particularités.

Nous avons une grande admiration pour les Cubains. Ils n’ont pas derrière eux 135 ans comme nous. Ils pouvaient choisir une voie différente.

Parfois porteur d’espoir, parfois confus, l’avenir de l’Amérique Latine est en doute.

Chavez est un populiste.

 

Le livre est-il paru spécifiquement en France ou également dans d’autres pays ?

On fait la traduction au fur et à mesure dans les autres pays.
J’ai une dette envers les Français et les libraires français. Le point de départ, ce sont les libraires français.

-------------

Luis SEPULVEDA a publié une chronique sur le blog célébrant les 30 ans d'existence des éditions METAILLE .

Repost 0
Published by Marianne - dans Les auteurs en live
commenter cet article
22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 11:07
A l'occasion de la sortie de son livre "de A à X" (roman épistolaire constitué de lettres d'une femme dénommée A écrivant à son amant dénommé X emprisonné à vie) paru aux Editions de l'Olivier, FRANCE 5, dans son émission "La Grande Librairie", recevait John BERGER le 19/02/2009 (l'émission est retransmise sur Internet à l'adresse suivante : http://www.france5.fr/la-grande-librairie/index.php?page=article&numsite=1403&id_article=7658&id_rubrique=1406).
Si vous n'allez pas de temps, faites glisser le curseur de la vidéo à 16'50 pour vous arrêter uniquement sur la présentation liée à cet auteur. Elle vaut la peine de s'y arrêter, c'est un quart d'heure constructif !

Présentation de l'auteur (source le site de l'émission : )
John Berger est l’homme de tous les talents.
Né à Londres en 1926, il vit en France depuis les années 70.
Après avoir servi dans l’armée anglaise de 1944 à 1945, il étudie le dessin à Londres, puis l’enseigne de 1948 à 1955. Ses œuvres sont exposées. Dès 1952, il passe à l’écrit : critique d’art reconnu, essayiste avec le photographe Jean Mohr, scénariste de La Salamandre, en 1971, avec Alain Tanner, auteur de théâtre avec Nella Bielski...
Avec Qui va là ?, en 1996, il signe son premier roman aux éditions de l’Olivier, qui publient toute son œuvre romanesque : Photocopies (1999) ; G (2002) ; D’ici là (2007)... Romancier des mutations du monde, John Berger explore les thèmes de l’exil, les migrations et les déplacements de populations.


En l'écoutant répondre aux questions de François BUSNEL, animateur de l'émission, j'ai relevé plusieurs réflexions majeures, qui m'ont donné l'idée de créer sur ce blog une nouvelle rubrique que j'appellerai tout simplement "Ils ont dit...". J'y viendrais de temps en temps, au fil de ce que j'entends ou lis, déposer des phrases ou pensées interpellantes.

JOHN BERGER a ce don d'interpeler.
Il base son travail d'écrivain sur l'écoute :
"Ecouter les autres, c'est quelque chose livré par la vie".
Amenant sur le plateau de l'émission une sandale très usée, il explique comment lui-même construit ses livres :
"...imagine... cette sandale est dans un placard, comme ça... C'est une sandale d'homme, avec lequel tu es très intime. Oui ? Tu la prends.
- Je te tutoie parce qu'on tutoie toujours le lecteur ou la lectrice. -
Tu la prends. Et tu assembles le pied. Et le mollet. Et le genou. Et la hanche. Et le menton. Et les dents. Et ça... représente une absence. C'est pas une absence d'un mort. Parce qu'après le deuil, après la mort, dans un sens un mort qui décroche est un petit peu partout. Mais lui... qui portait cette sandale est ailleurs. Pas partout. Ailleurs. Possiblement ça peut-être vous... Donc c'est un livre qui essaie de raconter cette absence. En même temps, ce n'est pas perceptible. Parce que cette absence est liée avec une lutte. Une lutte pour un monde plus juste. Un monde qui est jugé par les autres polarités que les perdants et les gagnants....
"

"La vie est une histoire en train de se raconter" fait-il dire à l'un de ses personnages du livre tandis que celle qu'il vient de raconter déjà a captivé l'auditoire.
Pour éclaircir cette phrase, John BERGER explique sur le plateau : "Nous voyons nos vies tout le temps comme une histoire qui est en train d'être racontée... et avec l'attente, il y a la reconnaissance de cette vie. Et souvent ça n'est pas le cas"...

"Entre l'espoir et l'attente, quelle est la différence ?" l'interpelle l'animateur.
"L'attente appartient au corps et l'espoir vient de l'âme ou de l'imagination. Tous deux se parlent, s'excitent, se consolent, mais leurs rêves diffèrent".

Dans la bouche de Aida, le personnage féminin de ce livre, il pose une interrogation : "Comment un renoncement devient-il un don pour celui qui renonce ? Si nous comprenions cela, nous n'aurions plus peur."
François BUSNEL prie l'auteur de répondre à cette question :
"Je crois que ça à voir avec la réceptivité.... Pour déposer l'acte de possession... et quand vous refusez de posséder quelque chose, cette chose s'ouvre, arrête d'être opaque et à ce moment on reçoit quelque chose"...



Repost 0
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 19:04

Photo: Duong Thu Huong, le 13 janvier 2009 à Paris (© AFP/Archives - Bertrand Guay)

 

Jeudi 19 février 2008, en présence de Guy CHOURAQUI, la Librairie Kléber de STRASBOURG recevait la romancière et scénariste DUONG THU HUONG.


Quand Guy CHOURAQUI aborde, d'entrée, le thème du langage, l'écrivaine s’avoue marquée par plusieurs langues. Qui furent aussi antérieurement celles de ses ennemis.


Note : rappelons brièvement que ce pays a vécu l’invasion chinoise, l’occupation et la colonisation française, l
’indépendance proclamée par Ho Chi Minh à Hanoi en 1945 donnant lieu à une contre-réaction française, suivie de guerres de libération, la reconnaissance de l’indépendance sous ligne de démarcation, l’intervention américaine opposée aux élections générales destinées à réunifier le pays, les guerres civiles.


La population de son pays ne s‘adonne pas au libre langage. Ne pas avoir la confiance du régime communiste, expose une vie. Le régime en place est étouffant, laisse-t-elle entendre.


Saisissant l’opportunité du thème du langage, elle s’engouffre immédiatement dans la brèche de ce qui constitue désormais sa bataille : les réformes démocratiques.


Avec le recul sur l’Histoire - menant  la population à se battre pour survivre - les langues comme le français ou l’anglais engendrent là-bas l’aspiration et le rêve d’« horizons lointains ».


« Au Zénith » est, du reste, le titre de son dernier livre, paru aux Editions Sabine WESPIESER.


Guy CHOURAQUI souligne l'exceptionnel travail de romancière qu’il a détecté dans cet ouvrage, tant du point de vue de sa structure, que de la diversité des styles et des personnages : « bons ou mauvais, ils sont tous absolument attachants ». Ils sont très nombreux et l’on pourrait en dresser un répertoire, d’autant plus que plusieurs d'entre eux se voient attribuer des doublons d‘identité. Avec sa volonté de témoigner, d’une main ferme, elle tient la trame.


Empêchée d’interviewer elle-même dans son pays, l’auteure, aidée par son frère, reconnaît écrire avec une sorte de douleur restant en elle. « Le silence noir des funérailles » d’un ami assassiné… « Un peuple tellement faible qu’il a besoin d’un héros », « on m’a insultée car je l’ai « déboulonné ».

Ayant « vécu avec les montagnards et les paysans », elle reste imprégnée d’eux.


On retrouve dans ce livre, des thèmes prégnants : la vieillesse et le vieillissement, l’amour…
Guy CHOURAQUI prend ici l‘auteur à partie :

« l’amour : méfiance ou valeur suprême pour vous ? »

"Les relations entre les hommes ne sont pas faciles" dit-elle, "ça contient beaucoup de menaces"....


Son interviewer revient ensuite pudiquement au livre, dont les premières lignes annonce d’emblée la structure : « en une page tout est tressé ! »

On trouve des histoire dans l’histoire, non linéaire, contenant des scènes extraordinaires, s'enthousiasme-t-il.


Un temps plus tard, lorsqu’un de ses lecteurs, prenant un micro dans la salle (à laquelle la parole venait d’être donnée), lui reproche dans ce livre d’y « dédouaner tout de même un peu Ho Chi Minh » (reconnaissable dans le personnage du Président), elle répond qu’elle a voulu montrer un homme dans toutes ses contradictions, avec son prestige et ses déchéances, ses conflits intrinsèques, ses hésitations intimes, et tout ce qui guide sa vie personnelle à être sacrifiée au nom du pouvoir.

L'auteure témoigne qu'elle a déjà  "failli mourir deux fois", qu’elle recherche "la vérité sans préconçus" avec la difficulté d’approcher les gens de son pays et qu’elle "écrit pour s’adresser au peuple". Jetée dans les guerres civiles, elle a pris conscience qu’à l’intérieur de celles-ci des gens étaient amenés à se battre contre d’autres issus de leur propre pays.


Quand un autre lecteur - en réaction à une précédente position ouverte de l’auteure sur l’intervention américaine jugée comme « la plus stupide erreur dans l’histoire » de son pays - estime (ayant fait lui-même le voyage jusqu’au VIETNAM) que le pays s’américanise de plus en plus et qu’il n’a pas senti là-bas de ressentiment à l’encontre ni des Américains ni des Français, tout en y ayant entrevu une certaine peur face à la Chine, DUONG THU HUONG avec un hochement de tête explique. Elle comprend cette vision des choses, perçue par un témoin extérieur. L’Histoire se comprend toujours après coup et aujourd’hui les Vietnamiens admettent que les malentendus naissent dans l’Histoire. Quant à la Chine, "elle reste l’Empire du Milieu"…


Reprenant la parole, le premier lecteurv(dont un membre familial a vécu personnellement les retombées de cette Histoire) déplore le manque de communication sur ce régime vietnamien qu’il qualifie de mafieux, puis indique sentir pour sa part encore beaucoup de ressentiment entre Vietnamiens. "Des survivants… auxquels sont tout juste accordés 250 grammes de viande par mois !"...


DUONG THU HUONG, renchérit. Sur le plan familial, elle a de nombreux cousins, mais  "ils ne se voient presque pas à cause de ces malentendus liés à l’Histoire qui créent des abîmes entre eux... Les vieilles personnes là-bas, ne peuvent oublier". Par ailleurs, dénonce-t-elle, le régime vietnamien est très habile à l’égard des journalistes étrangers, avenant, affable, usant de louanges, mais les crimes sont toujours dans le silence… ».


Cette phrase en jetterait presque un dans la salle...


Au final, Guy CHOURAQUI compare ce livre à un Classique et conclut :

« pas de classique sans les replis de l’âme humaine ! ».

 



Je suis ressortie personnellement de la librairie avec l’impression d’une dissidente volontaire, rebelle, en quête de vérité comme un impératif, fortement imprégnée par son vécu et marquée par les déchirements, désireuse de rester proche d’un peuple muselé et contenu, s’opposant ouvertement et avec courage au régime en place.

 

 Présentation de l’auteure par la Librairie (magazine Conversations) :

«  Née en 1947 au Vietnam, Duong Thu Huong, pour avoir défendu ses convictions démocratiques, a été emprisonnée en 1991. Elle a vécu en résidence surveillée dans son pays jusqu’en janvier 2006, date de son arrivée en France pour la sortie de « Terre des Oublis » (Sabine Wespieser éditeur, Grand Prix des lectrices de Elle 2007). « Au Zénith » est le chef d’œuvre de Duong Thu Huong : voici un roman qu’elle portait en elle depuis plus de 10 ans, et où convergent son combat politique et son talent littéraire. »

BIOGRAPHIE :
DUONG THU HUONG est née en 1947. À 20ans, elle dirigeait une brigade de jeunesse communiste envoyée au front pendant la guerre. Avocate des droits de l’homme et des réformes démocratiques, elle n’a cessé de défendre vigoureusement ses engagements pour finir par être exclue du parti communiste en 1990, avant d’être arrêtée et emprisonnée sans procès. Depuis le succès de « Terre des Oublis » et de « Itinéraire d’enfance » (Sabine WESPIESER éditeur 2006 & 2007), elle vit à Paris, où elle se consacre à l’écriture, après des années de résidence surveillée à Hanoï. Bien que ses livres soient désormais interdits de publication dans son pays, elle reste au Vietnam un des écrivains les plus populaires et les plus discutés. Son œuvre est traduite dans le monde entier ».


Présentation du livre sur le site EVENE

Repost 0