4e de couverture : "Pendant de longues années, autant
que dura notre jeunesse, nous nous tînmes sur la plus grande réserve et ne fîmes jamais allusion au passé. L'autre jour, elle me demanda à brûle-pourpoint, et son visage encadré de cheveux gris
se colorait d'une rougeur juvénile :
- Pourquoi m'avez-vous quittée ?
Pris de court, je n'eus pas le temps de fabriquer un mensonge.
Aussi fus-je sincère :
- Je ne sais plus... j'ignore tant de choses de ma propre vie.
- Moi, je regrette, dit-elle. (Et déjà je m'inclinais à cette promesse de compliment.) Il me semble que vous devenez très drôle en vieillissant."
Mon appréciation :
L'ensemble du roman est une confession détaillée et fort bien décrite dans laquelle Zeno passe en revue sa névrotique addiction à la cigarette, ses maux physiques, sa
relation à son père et la mort de celui-ci relatée de manière plus que réaliste, l'histoire de son mariage, l'adultère, et l'histoire de son association commerciale avec Guido (l'homme qui lui a
soufflé Ada dont il était amoureux avant qu'elle ne le rejette et qu'il demande en mariage par dépit dans la même journée une de ses soeurs), puis sa psychanalyse.
Portant un jugement sévère sur son thérapeute, il ne croit pas en cette discipline :
"La psychanalyse ! Une illusion absurde, un truc bon à exciter quelques vieilles femmes hystériques."
Au bout de sa confession écrite, sa personnalité s'est affermit. Il parvient à mener une activité et une vie sociale plus
"respirable" :
"La vie ressemble un peu à la maladie : elle aussi procède par crises et par dépressions. A la différence des autres maladies, la vie est toujours mortelle.
Elle ne supporte aucun traitement."
Si l'on a reproché à I. SVEVO une faiblesse d'écriture, c'est un avis que je ne partage pas. Son style est minutieux, sobre. Il vous mène à travers l'histoire et les personnages en vous en
faisant connaître toutes leurs particularités. C'est un trésor d'introspection.
Je suis néanmoins déçue par la fin qu'il donne à son roman.
Biographie d'Italo Svevo
Né d’une mère italienne d’origine juive et d’un père allemand, Italo Svevo passe son enfance à Trieste, qui fait alors partie de l’empire austro-hongrois. Passionné par la littérature allemande,
il est également conquis par Shakespeare. Il interrompt des
études de commerce en Allemagne pour revenir dans sa ville natale quand son père fait faillite. Ses deux premiers romans, Una Vita en 1892 et Senilità en 1896 passent relativement inaperçus. Déçu, Svevo abandonne ses
velléités littéraires pendant près de vingt ans et se consacre à sa carrière, épouse une cousine éloignée et devient père.
Pourtant, il fait pendant cette période des rencontres d’une importance capitale. Il lit et se passionne pour Freud, qu’il décide de traduire, et fait la connaissance de James Joyce. Ce dernier, en découvrant les premiers écrits de Svevo, l’encourage à reprendre la plume. La conscience de Zeno paraît en 1923. Eugenio Montale fait l’éloge de ce récit introspectif et ironique, qui prend la
psychanalyse à contre-pied.
En France, Valery Larbaud, lui aussi sous le charme de cette écriture alerte
et de l’attention portée aux rouages psychologiques des personnages, contribue à son succès hors de l’Italie. Les écrits plus anciens de Svevo sont réédités et enfin appréciés. Il s’attelle à la
rédaction du Vieillard, qu’il n’aura pas le temps d’achever : fauché par une voiture, il meurt peu de temps après en 1928. On reconnaît aujourd’hui en lui un précurseur du roman moderne
et un virtuose du récit intimiste.
(source : http://livres.fluctuat.net/italo-svevo.html)-






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