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L'auteure

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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 11:00
DSCN4865.JPG
Qu'ai-je emporté de là-bas ?
Des paysages sublimes, des odeurs, des visages. Celui de cette dame.
Fichu serré, visage creusé d'arabesques de rides, pantalon turc, tenant un bâton d'une main et de l'autre un citron et une herbe aromatique.
Sa famille guettait l'arrivée des cars de touristes pour quémander quelques euros en échange de fruits, d'objets artisanaux ou de photos d'eux.

Dans une voix tranquille et sur un ton confidentiel, la petite vieille s'est adressée à notre guide dans sa langue à elle. Je n'ai pas su de quoi ils parlèrent. Cela ressemblait à une conversation polie. J'ai demandé à notre guide. Elle voulait simplement lui offrir ce superbe citron.
Sa manière à elle de souhaiter la bienvenue. Je n'avais jamais vu de citron aussi joliment mûri. Il avait le double de taille de ceux vendus dans nos grandes surfaces discount. J'étais certaine, d'un seul coup d'oeil, que le goût de ce fruit n'était pas l'acidité des nôtres. Celui-ci avait simplement eu tout son temps pour parvenir à maturité. Il luisait sous le soleil, et son jaune était éclatant. Il avait eu le temps de se gorger de jus. 
La petite vieille insista, par gestes accompagnant ses paroles étrangères. Il semblait gêné de l'accepter. Mais le guide finit par avancer sa main ouverte.
A moi, elle tendit le brin d'herbe aromatique (je ne suis pas parvenue à déterminer ce dont il s'agissait). Je ne comprenais aucun mot, mais sa voix modulée de petites exclamations, sut me convaincre. Je devais accepter à mon tour. Le guide me le confirma.
Quel âge avait-elle ? Je ne parvenais guère à dater, pas même approximativement, ce facies aux yeux noirs si doux, aux paupières se penchant vers des joues rondes.

Autour de nous le paysage était splendide. Derrière les orangers, à l'horizon, une montagne encore enneigée. Un ciel exempt de tout nuage.

DSCN4863.JPG
On ne savait plus, de la splendeurs des paysages aperçus depuis notre arrivée ou d'eux, si c'était la montagne qui les rendait beaux malgré leur pauvreté, ou ces habitants qui donnaient à ces lieux une personnification de la fertile générosité des lieux.

Ils vivaient dans la simplicité, se nourrissaient de ce que la terre offrait, et pour le surplus.... ils attendaient. La spontanéité des touristes - la plupart au teint pâle et aux airs fatigués - venus ceux-là d'Europe ou demain d'ailleurs .

L'unique obole que donnaient en retour ces vacanciers à ces familles : quelques pièces en échange de deux-trois clichés.
Sans voyager elles-mêmes, ces autochtones afficheront leurs visages sur des milliers d'ordinateurs, alimenteront les commentaires des images partagées aux amis des touristes dès leur retour, prendront la tournure d'anecdotes de vacances...

J'ai ressenti aux côtés de cette petite vieille la résonnance de l'authenticité s'offrant au paraître.
Que, longtemps, ces êtres soient préservés et que leur vie soit longue !

Le guide passant et repassant le citron d'une main à l'autre, et moi roulant entre mes doigts le brin d'herbe aromatique, silencieusement, dans une probable pensée commune, après avoir pris congé de la dame, avons rejoint le car, le nez abaissé, sous le craquement des cailloux poussiéreux jonchant le sol qui roulaient sous nos pas.

Quelque chose d'indicible, mais réellement de bon était passé d'elle à nous.

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Published by Marianne - dans Mes voyages
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commentaires

Djemaa 31/03/2010 08:08



Vive la Turquie ! Merci pour tout ! Pascal.



Marianne 01/04/2010 21:24



je ne sais pas pourquoi "merci", néanmoins c'est gentil.






Viviane 30/03/2010 10:54


J'ai souvent vu hélas des mains se tendre en Afrique ou aMaroc ou en Guyane et Brésil. Mais là, ce geste est celui de l'offrande du peu que possèdent ces paysans et non celui de la mendicité qui
fait toujours très mal.
Merci de ces belles photos, j'aime ces vieux visages universels.


Marianne 30/03/2010 18:28



c'est pour cela que je n'ai pas eu mal, en effet, mais que j'ai ressenti cette belle impression de rencontre. J'ai emporté cette dame dans mes pensées. Elle m'a touchée par sa manière d'être.



liedich 30/03/2010 07:47


Bonjour,

Je suis gêné entre le fait de ne pas aimer ces mains qui se tendent et que j'ai
tant rencontrées et ta page qui recèle tant de tendresse.
J'aime que tu aies aimé. Vraiment.
Peut être le  fait que j'aimerais faire moi le premier pas et ne pas le subir.
Tiens je préfère raccrocher...
Douce journée et bon courage pour tes révisons Mademoiselle Brillance.


i 30/03/2010 18:24



quand c'est l'autochtone qui vient vers toi dans ce que Sophie a joliment appelé "l'hospitalité millénaire", quand il vient d'abord pour te recevoir, toi l'étranger venu d'au loin faisant une
halte, c'est bien autre chose que la mendicité d'autres mains tendues pour cause de misère ou de pauvreté. C'est de l'accueil, c'est un geste de bienvenue. C'est pour cela que j'ai aimé cette
rencontre. J'aurais aimé comprendre ce que la dame me disait. Mais néanmoins j'ai encore à l'oreille le timbre de sa voix, si différent de celui d'une marchande. C'était si confidentiel,
calmement et poliment énoncé, posément invitant.


Cher Liedich, tu fais souvent le premier pas de cette hospitalité toi aussi, à nos passages sur ton blog, et même dans les échanges extra-blog. 


Pour cela, je t'envoie mon sourire de remerciement.



Sophie 29/03/2010 11:49


Un citron qui a capturé un peu de soleil par la patience d'une vieille dame au visage de sagesse et à l'hospitalité millénaire... Un de ces instants de grâce qu'offre la vie, d'autant plus précieux
qu'ils sont impromptus et qu'on en pas à l'avance épuisé le suc à force de les désirer...
Merci, Marianne.


Marianne 30/03/2010 18:13



"hospitalité millénaire", c'est l'expression adéquate. A plusieurs reprises, du reste, même chez les commerçants, le thé est offert, quand bien même le visiteur s'en va sans rien acheter, le
réconfort d'un thé odorant et chaud donne le souvenir heureux et probablement l'envie de revenir bavarder quelques mots, chiner, s'arrêter plus longuement en tous cas. Comme cela ne se
trouve pas chez nous, je me souviens encore de ce jeune homme de Mahdia en Tunisie, tout comme de ces autres commerçants d'Antalya. Comme on oublie la localisation des boutiques où l'on est juste
passé, où l'accueil fut donné, le souvenir est offeert en prime par cette hospitalité spontanée. Je sais exactement, où la halte fut plus, fut autre chose que purement commerciale...



aimela 29/03/2010 10:11


Tu as fait une belle rencontre Marianne et je pense qu'elle restera dans tes pensées et ton coeur  en plus des paysages. Merci d'avoir partagé


Marianne 30/03/2010 18:06



quelque chose m'a traversée ce jour-là. Cela ne s'oublie pas, en effet. C'est assez fulgurant mais ça reste imprégné dans l'âme.


A bientôt chez toi dans ton univers.