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L'auteure

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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 21:31
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" Quand on veut on peut "...
 
Je veux, mais quelque chose me retient par la manche. J’ai beau tambouriner sur cette poigne qui m’empêche d’aller ailleurs, sa force semble dominer la mienne. Je ne sais pas ce qu’elle me veut. On dirait que l’invisible m’implore silencieusement.
 
En apparence, je suis présente à mon quotidien. Je me tiens debout, je bois un café, je m’adosse au mur. Il est froid, mais c’est bien mon corps, ma peau, qui perçoivent ce froid. Le mur me soutient mais je ne peux m’y enfoncer. Je ne peux pas non plus le défoncer. Je ne peux qu’y coller des images, des portraits, de doux visages, et laisser mon esprit faire le reste. Lui, s’envole de mon corps et s’en va librement explorer le monde.
 
C’est peut-être cela mon destin. Rester assise là en explorant pourtant le monde.
 
Je connais bien peu encore les univers intérieurs. Le mien est peuplé de frayeurs, de formes muettes, se fige devant l’horreur, s’emballe et s’exalte devant le merveilleux quand il se présente. On pourrait le comparer à l’atelier d’un sculpteur où le regard s’attarderait sur d’intrigants veilleurs. Ici, on trouverait l’Abouti, là l’Inachevé, voici Surseoiro. Une autre galerie conduirait aux courbures de la Fascinée, de l’Impuissante, la Captivée, l’Enthousiaste, l’Incandescente, l’Ardente, l’Intense, l’Obstinée, la Timorée, la Pensive, la Refusée, l’Offerte, la Pathétique, la Palpitante, la Vacillante, la Versatile, la Délurée, l’Enfantine, etc. On marquerait un arrêt pour contempler les modelages du Désir, du Doute, de l’Attente, de l’Espoir, de l’Incertitude. Encore habités par eux, nos regards tomberaient sur les bustes de l’Adolescente, de l’Amante, de la Mère, et sur celui en cours de la Femme dans l’âge dont le sculpteur chantourne le profil, et creuse avec délicatesse des rides sur le front.
Dans le froissé des replis de draps ou de vêtements, on pourrait entendre mille bruits. La prégnance et les voix de la vie. La pénombre du temps s’étire jour après jour sur les étagères de l’atelier où ces figures étranges, ensemble, engendrent une ambiance incomparable.
 
Je n’ai pas bougé d’un pli. Mais je porte pourtant tout ça en moi. Tout ça, et davantage.
 
 Est-ce parce que dois m’y attarder encore que ma manche est retenue ? Elle me lance des injonctions tous les jours.
 
 - Écris. Écris encore. Reste assise. Laisse venir ce monde à toi. C’est tout ce que tu as à faire. C’est tout ce que tu peux faire. Quand tout tourne autour, toi, ne bouge pas. Assieds-toi, observe, comprends, chope dans ton regard et par le prisme de tes impressions, écoule l’émotion du monde.
 
C’est ce qu’elle me disait ce matin. Je venais tout juste de respirer le puissant parfum boiseux des thuyas trempés de pluie entourant les jardins.
Thuya, « Arborvitae », l’arbre de vie en Amérique du Nord, mais aussi la substance blanche du cervelet chez l’homme ainsi appelée à cause de son apparence en forme d’arbre.
Dans le cerveau, il y a donc un arbre ?
 
Mes actes qui ne suivent pas la pensée. Mes pensées qui suivent leur cours. Ramifiées à d’autres pensées qui les nourrissent, les mènent à d’autres, qu’elles nourrissent à leur tour. Mon cervelet, lieu de la peur et du plaisir. Ce n’est pas lui qui lance le mouvement mais c’est lui qui coordonne ce que disent mes sens. Mes sens, l’essence. Un arbre.
 
Ce n’est pas de la paralysie parce que l’arbre de vie m’en protège.
 
J’apprends, je cherche une posture, un équilibre, je m’adapte au changement. Jusque dans les fibres intimes de mon cerveau. Mon cerveau de plis et de méandres où les signaux se suivent et m’imprègnent d’enseignements durables.
 
C’est peut-être de l’inertie... Parce que par moi-même je ne peux changer mon état en mouvement. Une « Résistance passive et volontaire qui consiste principalement à s'abstenir d'agir ou à refuser toute contrainte physique ou morale. » (source CNRTL).
 
Il y a des jours comme ça où les actes ne suivent pas les pensées.
 
Mais l’arbre pousse dans le silence et personne ne voit pousser l’arbre. Autour de lui, les oiseaux, les insectes s’agitent avec frénésie, et parfois viennent se nicher dans ses branches, ses racines ou son tronc. On s’adosse contre lui comme je le fais contre ce mur aujourd’hui où je dessine, je dessine, je dessine, j’écris, j’écris, j’écris.
 
Il pleut, je ne fais rien. J’observe et j’écoute. Mon arbre grandit, s’étend. Mon cerveau renferme un arbre, comme dehors, un arbre s’étend dans mon jardin. Mon jardin où le parasol fermé pendouille son ennui de pluie, les chaises égouttent l’absence, la table retient les rires ou les histoires de ceux qui s’en sont allés vers leurs activités.
 
Il y a des jours comme ça où les actes ne suivent pas les pensées...
  
Je ne fais rien. Non,  mais j’écris...
C’est là que je dois être. C’est là que je veux être.
J’écris pour mes raisons, qui en sont mille.
J’écris pour garder pérenne ce "rien" qui n’a pas eu lieu. Ce rien qui n’a ni lieu ni refuge pour se rendre.
J’écris pour attraper ce moment précis où tout va basculer, l’empoigner, le retenir par la force de ma pensée.
 
L’éphémère s’enfuit toujours.
Il y a des jours comme ça où les actes ne suivent pas les pensées...
 
 

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Published by Marianne - dans de l'écriture
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commentaires

Alicia 04/12/2011 19:03


Quel beau texte, si bien écrit et si profond!


Amicalement!

Marianne 06/12/2011 17:38



C'est adorable Alicia. Merci tout plein pour le compliment !


J'aime bien quand un de mes lecteurs vient commenter un post ancien car je ne les relis jamais une fois que je les ai publiés. Or, justement celui-ci contient beaucoup à propos de mes engagements
personnels car il suivait une période difficile au cours de laquelle je cherchais ma direction. Je l'ai donc relu grâce à toi et comme il n'y a pas de hasard, il vient conforter certaines choses
et m'en rappeler d'autres. Double merci donc !!


Bises


 



Sophie 16/09/2010 13:48



Ta plume est lumière, Marianne, et tes univers intérieurs bien riches; merci de nous permettre d'y entrer un peu...


La pensée contient la matrice de tant d'actes; penser n'est-t-il pas déjà un acte ? Ecrire est un acte d'une profondeur inouïe, c'est dans la peau du langage, autrement dit dans notre chair, que
nous creusons pour tracer les mots...


Je t'embrasse, amie.



Marianne 28/09/2010 14:56



Comme tu me fais chaud au coeur, Dame Sophie !


Je sens bien à travers tes mots et ton appréciation le parcours d'écriture que tu mènes aussi. Et, d'ailleurs, comme tu écris bien je trouve !!


A mon tour, de t'embrasser, Soeur de Plume.



Marianne 07/09/2010 14:57



merci, Patricia, mon amie.


Dans le plaisir partagé de la lecture et de l'écriture.  :-) 


Encore sous l'envoûtement des "Déferlantes" qui a eu un impact certain sur moi, que j'ai déversé un peu dans ce texte.


Je t'embrasse en retour.



patricia 07/09/2010 13:42



bonjour belle Marianne,


 


Mais oui c'est ca la vraie vie contemple, souris et ecrit tu as toutes ces images qui


viennent à toi et aussi dans nos coeurs;


 


je t'embrasse


Patricia



lastirokoi 02/09/2010 22:43



Bonsoir,


Quel beau texte... les phrases claquent avec précision et amenent une foule d'images et chaque mot, une piece de puzzle qui vient juste à se place, juste à temps...


 


J'aime, j'aime beaucoup...


 


Cordialement


 


L.I 



Marianne 06/09/2010 12:45



quel gentil message !!


Il me fait chaud au coeur car je suis si souvent en lutte contre mes doutes en matière écriture.


C'est comme un encouragement ce que tu m'écris là. Merci beaucoup.


Belle journée.