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L'auteure

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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 13:38

 

 

Tatiana-Arfel.jpg

DES CLOUS – Roman – Tatiana ARFEL – Editions José CORTI

 

 

Le portrait que dressent les romanciers du monde du travail est déprimant. Je viens de finir la lecture du roman de Tatiana ARFEL, « Des Clous » qui décrit les dérives de l’homogénéisation et de la rationalisation poussée sous le déguisement de la performance et de l’image de l’entreprise, mais en réalité surtout destinée à satisfaire l’exigence des actionnaires.

 

Je redoutais un peu de le lire, mais en même temps, j’étais intriguée par ce que proposerait l’auteur comme alternative. Hélas, celle-ci est décevante et me fait penser à une expression utilisée un jour par l’une de mes DRH au moment de l’arrivée du Droit Individuel à la Formation que l’entreprise s’est très vite dépêchée d’orienter dans une direction qui pouvait la servir. Elle disait ce jour-là, quelque chose du style : « pas question de cautionner des stages de macramé dans la Creuse... ». Et l’entreprise de suggérer à ses employés – sous couvert d’employabilité sur le marché – des formations en adéquation avec son cadre et ses objectifs.

 

Tatiana ARFEL n’a pas proposé de solution convaincante.

 

Alors, la question que je me suis posée fut la suivante : quel est le rôle du romancier lorsqu’il aborde le monde du travail ? Craint-il l’impact de ses mots sur son lecteur ? pense-t-il avoir une responsabilité ou un certain degré d’influence sur son lecteur en l’amenant à s’interroger sur son cadre professionnel ?

 

Dans le roman cité, l’auteur n’a pas failli à la description du monde de l’entreprise. Elle y a même excellé. Les dérives, les dangers ont été parfaitement rapportés.

Elle s’inscrit dans ces descriptions aux naturalistes tels Zola.

C’est un mérite que je lui concède réellement. Convaincante et crédible jusque dans l’absurde en choisissant des personnages portant les stigmates d’une société telle que la nôtre : un comptable avec des T.O.C., un fils à papa vulnérable étouffé par l’autorité paternelle, un étudiant aux préoccupations proches de celles de notre jeunesse actuelle, une DRH avec de vraies valeurs humaines. L’écriture est accessible, précise, elle fait mouche. La construction même du roman est originale. Ecrit en cinq parties, entrecoupées d’un interlude qui est une note de service, de chapitres bis, l’auteur maîtrise sa structure et parvient à fédérer autour du lieu commun du manque de confiance en soi.

 

Elle a le mérite de nous présenter le miroir de nos défauts conformistes : « la dictature du confort, de la sécurité, de chacun à sa place, conditionné et consentant », l’auto-flagellation communément répandue », « nous allons rationaliser notre rationalisation ». Elle a aussi celui de rappeler à l’ordre.

Elle a enfin celui de rappeler que « l’entreprise, ça n’existe pas ! ça n’est pas une structure supérieure préexistante ! L’entreprise, c’est des hommes ensemble, les uns soumis aux autres, c’est tout ! ».

 

Et si la solution qu’elle propose au final de son livre ne convient pas, je la rejoins la remarque suivante : « je crains que la sécurité, que la résignation ne soient plus fortes que tout ». Dans un monde aux structures complexes, elle pose une sagesse : « trouver sa place prend du temps, un temps que les actionnaires n’ont pas et dont ils se fichent ».

 

Faire un état des lieux, sonner les alarmes adéquates, ramener à la vérité de l’être, et l'humain au coeur des structures auxquelles il consent ou qu'il installe, ne sont-ce pas là les fonctions véritables d’un romancier ?  La solution, au fond, c’est à nous tous ensemble de la trouver pour que le monde du travail cesse de se déshumaniser et qu’il ne nous enferme pas dans un système qui nous échappera.

 

 

CITATION :

 « Mes amis, à partir du moment où vous pointez, votre temps ne vous appartient plus. Considérez que ce temps vous le louez contre salaire. C'est bien le cas, n'est-ce pas ? C'est comme une maison : si vous la louez à des gens alors que vous partez en vacances, vous n'allez pas y repasser quand vous voulez, non ? Chez HT, c'est pareil. Ce temps n'est pas votre temps. Lorsque vous travaillez, vous ne pouvez pas en avoir jouissance. Gardez bien cela en tête, nous en reparlerons lors de la réunion de rationalisation des pensées. Une fois arrivés ici, c'est HT qui occupe votre maison, qui vous paye pour cela, ce n'est plus vous. C'est signé dans votre contrat de travail, lu et approuvé par vous-même. Le soir, après avoir pointé en bas, une fois dans la rue, vous pouvez réintégrer votre maison. HT n'est pas esclavagiste. »

 

 

Du même auteur : L'ATTENTE DU SOIR

 

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Published by Marianne - dans mes lectures
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commentaires

Sophiec 07/05/2011 10:52



C'est effrayant, en effet. "Ressources humaines", et à présent "capital humain"... Le management moderne est un avatar du totalitarisme. La déshumanisation blesse, lèse, et tue. C'est la vie
intérieure des gens qu'on assassine, puis leur vie tout court (et un énième suicidé à France Télécom...) Il faudrait un changement total de paradigme. L'entreprise doit être au service de la
société et de ses membres, et non pas le contraire.


Plein de bises, ma chère Marianne.



Marianne 12/05/2011 10:00



C'est bien juste que la déshumanisation blesse. Voilà pourquoi, j'ai trouvé courageux qu'une romancière se lance sur le sujet et j'espère que d'autres suivront pour que plusieurs voix se fassent
entendre et qu'une meilleure veille se mette en place dans les entreprises dont je comprends bien qu'elles aient à progresser et qu'elle ne sauraient se subsituer à un rôle de parentalité, mais à
l'heure où le développement personnel bat son plein grâce à l'avènement d'internet qui donne accès aux outils, l'entreprise n'a pas suffisamment réfléchit à la valeur de son "capital humain" qui
de son côté vit des accès de conscience et réfléchit à la notion de travail et de vie en cherchant leur compatibilité.


Et ça commence déjà dès les entretiens d'embauche...



Sissi 05/05/2011 14:28



En lisant ton article, j'ai cru être avec mes collègues de travail lors de certaines de nos discussions. L'Humain a-t-il encore sa place en entreprise ? Quel poids a-t-il devant l'argent, le
bénéfice ? Et le management.... c'est quoi déjà ?


Ça n'est pas le genre de livre que je lirai, mais les questions que tu te poses, sont vraiment des questions de fonds que les salariés qui sont encore des HUMAINS et qui voudraient s'investir
pour leur entreprise se posent.


Analyse assez pertinente en tout cas.


Bisous Marianne



Marianne 09/05/2011 13:31



Ce sont des questions de fond que tu rédiges clairement ici.


Personnellement, j'ai surtout idée que le manager  est souvent pris lui-même en sandwich : d'un côté les contraintes de gain pour l'entreprise, d'un autre sa propre perception. Les deux ne
sont pas toujours compatibles.


Certaines dérives s'installent et la sonnette d'alarme est hélas sonnée dans des entreprises archi compétitives qui se sont progressivement laisser dévorées par la course au chiffre d'affaires.


Il est bon que des romanciers osent foncer dans l'arène pour exprimer les riques de tels dérapages.


A mon sens, le débat ne fait que commencer...