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L'auteure

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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 21:17

Inconscients, tous ces accros du portable ! 

Où croyez-vous que je trouve le temps de lire tous ces livres commentés sur mon blog ? A la librairie ? Les clichés ont décidément la vie dure ! "Vous en avez de la chance de pouvoir évoluer dans les livres" m'a dit l'autre jour une cliente. Evoluer, c'est un fait. Mais de là à se trouver DANS les livres... tout de même elle exagère !

Mais pour en revenir à ma question : où croyez-vous...

Réponse 1 : chez moi !  Avant d'aller dormir, au petit déjeuner, en surveillant une casserole sur le feu, aux toilettes (ne me dites pas que vous ne le faites jamais, je ne vous croirai pas !), dans mon bain, aux rares instants de silence dont une maison peut bénéficier, dans mon jardin l'été (à condition que certains voisins ne me fassent pas participer contre ma volonté à leurs anniversaires, conversations, barbecue-party, toutes ces occasions qui me permettent d'en apprendre beaucoup sur leurs difficultés professionnelles, état de santé, projets, etc...)

Réponse 2 : dans le tram sachant que le trajet pour me rendre jusqu'à la librairie requiert une demi heure, soit une heure de lecture par jour travaillé, l'équivalent par semaine d'un petit livre-poche genre "La petite fille de Monsieur Linh". Un bijou d'écriture relatant l'histoire d'un vieil homme serrant contre lui un nouveau-né, débarqué avec quelques maigres affaires dans un pays étranger. Toute la tendresse d'un grand-père pour sa petite fille... Tout ce qui découle d'un déracinement. La perte de repère, une culture différente, la barrière de la langue...

Plantons d'abord le décor, si vous voulez bien. Vous, plongés dans votre lecture. Bercés par l'intelligence des mots, le rythme doux, sous le charme de la rencontre, dans un parc, sur un banc, non loin du manège, entre un gros Monsieur et le frêle Monsieur Linh toujours préoccupé par sa petite fille. Une voix radiophonique dans le tramway scandant le nom des arrêts, mais vous n'y prêtez même plus attention car vous connaissez la ligne par coeur et pourriez réciter ces noms même en dormant...

Une sonnerie. Tout le monde se retourne, saute sur son sac à main ou fouille ses poches, interroge d'un regard circulaire ses alentours. Un seul ne bouge pas. Une sonnerie encore ! Il décroche : "ouais, kès tu veux ?!"... "chui dans le tram"...

Et c'est parti ! 

Hier, c'était une grande blonde décolorée. Il aurait fallu être complètement sourd pour ne pas déduire sans nécessité d'effort toutes les vicissitudes de sa vie familiale. Neveu en déroute psychologique, soeur en plein divorce, boulot qui n'en sera bientôt plus un, etc...

Ce matin, une sexagénaire qui calait ses vacances en Espagne. Candidats cambrioleurs, notez bien qu'elle partira du 1er au 15 février ! Oui, oui, l'autocar partira à 7 h 30. La dame en plus est chanceuse car l'autocar finira sa tournée de ramassage à R... juste sur la place B.Z. (je reste confidentielle par égard pour elle !). Absolument ! Juste en face de sa maison.

Et ce type à présent, qui parle au téléphone en continuant d'écouter son MP4 dont le son s'impose à vos tympans dans un lancinant et entêtant boum boum métallique.

Vous relevez le col de votre manteau sur vos oreilles pour préserver votre ouïe de toutes ces agressions sonores. Vous aimeriez vous replonger dans votre lecture. Savoir si Monsieur Linh retrouvera cet ami qu'il s'était fait au fil des pages dans un rapprochement au-delà de tout langage mais que les circonstances lui avaient arraché. Le pauvre homme erre dans une ville inconnue, un dédales de rues, en pyjama, avec sa petite fille. C'est important, un ami, pour Monsieur Linh. Surtout celui-là. Il s'est vraiment passé quelque chose de magique entre eux. Et vous vous aimeriez recréer dans votre tête ces scènes emplies de respect. De respect... De respect de l'autre.

Il faut supporter la conversation qui s'infiltre dans vos oreilles. Vous tentez de vous concentrer sur votre lecture. Cet auteur - Philippe CLAUDEL - vous a littéralement charmé, enchanté et emporté si loin hors de votre environnement : "l'air embaume la terre humide et la fleur de frangipanier. Les mousses ressemblent à des coussins brodés de jade et les bambous frémissent des bruissements de mille oiseaux"... Vous l'avez relue au moins quatre fois cette phrase pour vous imprégner de cette atmosphère.

Mais tout vous échappe tout à coup ! C'est l'overdose ! Pourquoi les gens ne se rendent-ils pas compte que cet étalement de leur vie déborde tout simplement sur votre propre liberté ?

Il vous monte l'envie d'arracher à ce malotrus son MP4 et son téléphone. En tous cas, vous le fusiller du regard avec insistance. Peut-être qu'il baissera le ton. Mais non, il poursuit. Impassible !!!

Alors, une petite vengeance vous traverse l'esprit.

Retentissement sonore. Annonce d'arrêt. Vous vous levez, calculez le meilleur angle de sortie, et foncez. Faut pas louper l'arrêt, non ? Ah non, faut pas louper l'arrêt. Vous vous arrangez pour arriver devant tous ceux qui s'apprêtent eux aussi à converger vers la porte coulissante. Et sans vous reconnaître, vous cognez de toute la force de vos frêles épaules un bras anguleux portant un téléphone à une oreille... Un petit bruit sec. Un téléphone qui s'écrase au sol. Un fil de MP4 qui s'emmêle dans sa manche. Oups, pardon !

Tout le monde derrière qui bouscule. Tout le monde derrière qui pousse. Faut pas rater la sortie ! Ah non... faut pas rater la sortie !

Je rêve de tramways à l'atmosphère claudelesque, libérant des parfums de frangipaniers, décorés de "coussins brodés de jade", où pousseraient de ci de là quelques bambous ! Nous lirions sous leurs bruissements, et les oiseaux rivaliseraient de mélodieuses harmonies ! L'unique inconvénient : je raterai la sortie !

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Published by Marianne - dans fragments de vie
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commentaires

Viviane 29/01/2008 09:47

C'est tout beau tout bon c e que tu nous écris là. Lorsque je prends le train ( rarement, me déplaçant de moins en moins) pour aller à Bordeaux, je vis comme une agression de vingt minutes chrono ces portables qui sonnent ( je n'en ai pas et ne comprends pas l'addiction à ce genre de communication)Un jour un monsieur assez âgé ne parvenait pas à en éteindre la sonnerie de son téléphone qui était bloquée, chacun dans le wagon du TER a voulu l'aider à comprendre le fonctionnement de son téléphone, il a préféré le laisser sonner et chercher tout seul que prendre un coup dans son orgueil de mâle qui sait tout. Nos oreilles en étaient rouges de saturation. Et ensuite, dans les rues, les gens qui marchent le portable collé à l'oreille alors qu'un sourire, un visage ouvert, des yeux que l'on croise... tristes temps de non communicaiton.

Marianne 31/01/2008 15:33

Hier, nouvel épisode ! (ça pourrait devenir une chronique tout ça !)  : une dame traitait ses affaires au vu et au su de tout les usagers du tram : le prix de la traduction d'une page, au cas où ça t'intéressait de le savoir chez elle, c'est 3 cents la page. Et son patron était en plus OK pour partager les frais moitié-moité... Avis aux personnes qui auraient besoin de ses services !!! Le comble fut que durant qu'elle négociait son affaire, en jouant amplement la carte du "ne vous inquiétez de rien, je m'occupe de tout", un 2e téléphone se mit à sonner dans sa poche  !
Là dessus, j'ai ramassé mes affaires et j'ai déménagé deux wagons plus loin.
Dans les tramways de ma ville, la compagnie de transport a placardé des affiches "doucement les basses !" avec le visage d'un homme qui se bouche les oreilles en grimaçant... 
Est-ce un fait de société, d'étaler sa vie privée, sentimentale et professionnelle dans les lieux publics ?
Je suis parfois vraiment sidérée par ce manque de discrétion et le caractère exhibitionniste de certaines conversations. Il y avait le tabagisme passif. Il y a désormais la téléphonie passive !
 

Florinette 27/01/2008 18:45

À cause de tout ce brouhaha dans les transports en commun, je n'arrivais jamais à lire, à me laisser transporter loin de ce monde hostile qui m'entourait, surtout que souvent je me retrouvais debout et le livre se retrouvait écrabouillé contre un dos qui n'appréciait guère !! Heureusement, que tout ceci ait disparu depuis que je me suis éloignée des grandes villes, j'ai eu beaucoup de chance de trouver un emploi qui me dispense de ce genre de transport où les gens sont continuellement branché ! Depuis le livre est redevenu mon compagnon de voyage ! Mais je compatis à ton agacement !!
Bonne soirée Marianne !

Olivier Goujon 26/01/2008 09:18

C'est ce que l'on appelle un beau billet d'humeur exprimant une exaspération mâtinée de cet humour qui la renforce ! Merci pour la narration de cette tranche de vie, hélas trop familière...Si tu souhaites t'évader, je te conseille - outre la lecture - de te précipiter vers ton cinéma préféré pour déguster "Into the wild" ! (surtout si tu as lu Thoreau et Tolstoï). Un magnifique film de Sean Penn à voir en version originale.Bon week-end Marianne !

Marianne 26/01/2008 12:31

Tranche de vie,un peu poussée, sur la fin, je l'avoue ! Je n'ai bousculé personne à dire vrai. En exagérant les choses, on finit souvent par en rire. C'est bien ainsi que procèdent les humoristes qui mettent en scène les travers de notre société.
Toutes ces conversations téléphoniques qu'on nous impoose, m'ont néanmoins particulièrement agacée cette semaine.
L'écriture ? Un merveilleux défouloir ! Non ?
Cela fait longtemps que je n'ai pas été au cinéma, tiens ! Merci de la suggestion !!
Bon week-end à toi aussi.
;-)