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L'auteure

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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 11:04

Etty Hillesum  "histoire de la fille qui ne savait pas s'agenouiller" - C. JULIET, D. STERCKX et C. VIGEE - Editions ARFUYEN - Témoignage - 183 pages

Etty HILLESUM

"Quelle étrange histoire, tout de même, que la mienne, celle de la fille qui ne savait pas s'agenouiller. Ou - variante - de la fille qui a appris à prier. (Journal 10 octobre 1942).

 

Ce livre est un hommage rendu par quatre intervenants :

Liliane HILLESUM, l'une des dernières survivantes de la famille, préface l'ouvrage en présentant le contexte familial et historique. Dans sa conclusion, elle interpelle le lecteur sur cette réflexion magnifique écrite par sa cousine au seuil de son extermination : "La force essentielle consiste à sentir au fond de soi, jusqu'à la fin, que la vie a un sens, qu'elle est belle" (5 juillet 1942). Qui resterait insensible à l'interogation de Liliane HILLESUM : "Quel sens demandera-t-on ? Et comment oser parler de beauté ? Etty a cette simple indication, remède à toutes les tiédeurs et toutes les complaisances, et pour moi sans doute la meilleure réponse " Là où l'on est, être présent à cent pour cent". Mon "faire" consistera à "être" (30 septembre 1942)

Le Père Dominique STERCKX lit et commente avec une grande sensibilité huit prières de la jeune femme juive. Dans son analyse résonne toute la force et la liberté intérieure que se façonna Esther HILLESUM (dite Etty). Bouleversante Etty, qui jamais ne baissa les bras face à l'atrocité mais qui transcenda toutes les épreuves, pour en faire un hymne à Dieu et à la vie.

Claude VIGEE met en lumière pour sa part l'incroyable mission qu'Etty se donna de "Secourir Dieu dans la Shoah".

"Parmi les témoignages les plus bouleversants des années noires qui soient parvenus tardivement aux survivants de la génération de la Shoah, s'impose à nous celui d'une jeune femme juive d'Amsterdam, née en 1914, assassinée avec tous les siens à Auschwitz en 1943, après un séjour au camp de Westerbork, à l'est de la Hollande occupée par les nazis. Le journal manuscrit  et les lettres d'Etty HILLESUM, sauvées par miracle de la destruction, mais non de l'oubli, sont enfin disponibles en grande partie en traduction française après un demi-siècle de silence total. Westerbork, dont Etty partagea les sinistres conditions d'existence de juillet 1942 à septembre 1943 - date de sa déportation à Auschwitz -, était un camp de concentration de transit hollandais où tous les juifs des Pays-Bas, natifs ou immigrés, furent parqués à tour de rôle, au rythme des rafles policières, en attendant leur envoi vers les camps de la mort de l'Est européen... Plus de 100.000 juifs de Hollande y passèrent dans l'attente de la prochaine "sélection" pour les chambres à gaz en Pologne... Au milieu de tant de victimes, j'évoque avec grande émotion la figure étonnante d'Etty HILLESUM... Loin de tout pathos faussement pieux, comme de toute pruderie convenue... Etty livrée aux meurtriers nazis a su puiser seule aux heures de la pire détresse, privée bientôt de tout espoir terrestre, sa force d'affirmation, préservant l'élan réitéré d'une folle confiance gratuite dans la condition des créatures d'ici-bas, face aux circonstances inhumaines de la détention dans l'enfer concentrationnaire. Cette énergie nous soutient encore aujourd'hui dans notre combat intérieur quotidien..."

Claude VIGEE met en avant tout l'abnégation dont fit preuve Etty. Il nous livre quelques témoignages qu'elle laissa à travers ses lettres relatifs aux conditions de vie et de détention dans le camp, dont les mots résonnent et vous tordent le coeur. Etty n'aura eu de cesse que d'observer et de rapporter avec justesse dans son écriture pour témoigner mais surtout pour transmettre jusqu'à l'épuisement dans un effarant optimisme et un art poétique déconcertant  : "Quand je dis que j'écoute "au dedans", en réalité c'est plutôt Dieu en moi qui est à l'écoute : ce qu'il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l'essence et la profondeur de l'autre... je voudrais pouvoir venir à bout de tout par le langage, pouvoir décrire ces deux mois passés derrière les barbelés, les plus intenses et les plus riches de ma vie Je te suis reconnaissante, mon Dieu, de me rendre la vie si belle, partout où je me trouve, que chaque endroit que je quitte m'emplit de nostalgie"

Enfin, Charles JULIET, revient sur l'émotion écrasante et les impressions que lui procurèrent la lecture des écrits d'Etty : "Une vie bouleversée" et "Les Lettres de Westerbork". Ils sont le témoignage poignant et exceptionnel d'une écrivaine lucide sur son sort mais qui crée son propre espace de liberté : "sous la pression des lois et des règlements édictés, le champ de sa vie se restreint. Mais plus il se restreint et plus son espace intérieur grandit et s'enrichit... En fait, elle a subit une véritable mutation. En quelques mois, elle a mis à bas l'étroite prison de son moi, de son égocentrisme, et accédé à un état qui n'est que bonté, compassion, joie d'exister... L'immense amour qui la possède lui octroie quiétude, force, stabilité, la soustrait de l'affliction qu'elle devrait normalement éprouver. "Partout où s'étend le ciel, on est chez soi. En tout lieu sur cette terre, on est chez soi lorsqu'on porte tout en soi". "Sa force" dit Charles JULIET, "et sa liberté intérieures lui donnent le pouvoir de tout surmonter". Ainsi, Etty voit s'épanouir en elle "un amour et une félicité proprement ineffables".

Charles JULIET conclut : "L'auteur d'un livre aimé, il arrive qu'on tienne à lui autant qu'à un être de chair. Il participe à notre activité intérieure et c'est souvent qu'on dialogue avec lui. Le jour où j'ai lu pour la première fois "Une vie bouleversée", Etty est devenue une amie, et cette amie ne m'a plus quitté. Son journal relate une expérience tragique, et pourtant, il nous communique de l'énergie, nous aide à garder confiance en l'homme, avive en nous ce que nous avons de meilleur. Il est de ces ouvrages qui demeurent en nous et nous imposent de vivre avec exigence".

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Pour en savoir plus sur Etty HILLESUM, de nombreux sites existent, dont celui-ci qui dresse d'elle un remaquable portrait  : http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=167

 

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Published by Marianne - dans mes lectures
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