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L'auteure

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En France...

 





Poésie, chanson, échanges épistolaires, théâtre, nouvelles, roman.....
L'expression écrite a-t-elle véritablement un sens ? Quelle est sa quête ?
Et la mienne, quelle est-elle, à suivre ainsi ce fil qui se déroule sur la lisière de mes rêves ?
Si je n'ai pas trouvé la réponse ni à la seconde ni à la troisième de ces interrogations, concernant la première, en expérimentant les genres cités, j'ai néanmoins repoussé mes limites, exploré ma liberté, reconnu mes barrières, plongé dans mes propres zones d'ombre, apprivoisé mes doutes, rencontré des visages, aimé des êtres uniques, anticipé sur des événements personnels, bousculé mes préjugés, consolé des chagrins, croisé des personnages pour certains retournés au néant, pour d'autres si fascinants qu'ils manquèrent de m'aveugler au point de déplorer de revenir à la substantielle réalité.

 

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15 avril 2006 6 15 /04 /avril /2006 23:40

Trois jours chez ma mère - François WEYERGANS - Edition Grasset - Roman - Prix Goncourt

Note de l'éditeur :

... Nuit après nuit, un homme très perturbé se protège en évoquant son passé - tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes. Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l'aideront-ils à aller mieux ? Il s'invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il voudrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt 90 ans. Il a d'abord un travail à finir. Sa mère lui déclare : "Au lieu d'envoyer des fax à ta dizaine d'amoureuses, tu devrais publier un livre, sinon les gens vont croire que tu es mort"

Je vous livre... les lignes qui m'ont le plus touchée :

"Mais qui d'entre nous oserait confier à une maison de retraite une femme qui nous avait toujours déclaré : "Je me suiciderai plutôt que d'aller dans une maison de retraite." Nous pourrions la prendre chez nous à tour de rôle. Nous allions nous coucher en nous persuadant qu'elle allait guérir.

Personne n'arrivait à s'endormir. Je sortais chaque nuit, seul, dans le jardin. Maman avait voulu passer un insecticide sur ses rosiers couverts de pucerons : "Ils sont très épineux et c'est en voulant les contourner que j'ai glissé."  Elle qui venait d'être opérée de la hanche, elle se plaignit de s'être abîmé les doigts en s'agrippant au rosiers dans sa chute. Une de ses voisines, Mme Girard était allée la voir à Aix et nous avait dit en cachant son visage dans ses mains : "Je crois que je ne la reverrai plus jamais."

A trois heures du matin, j'éclairais avec une lampe de poche les rosiers envahis, en effet, par les pucerons. Elle avait fait couper l'herbe dans le fond du jardin par un employé de la mairie qu'elle appelait "mon jardinier". J'aurais aimé parler avec Delphine mais il n'y avait pas de réseau dans le jardin, et Agathe dormait dans le salon où se trouvait le téléphone fixe. En m'efforçant de voir la différence entre la lumière scintillante des étoiles et la lumière stable des planètes, je respirais de l'azote et de l'oxygène, du dioxyde de carbone produit par la respiration des animaux et des hommes. Je reconnaissais les constallations d'été, celle de l'Aigle entre deux bras de la Voie lactée. J'avais écrit des mots comme "hyperanxieux" ou "désemparé" sans me douter que je serais un jour un fils qui aurait peur de la mort de sa mère. Je me disais qu'on n'écrit que pour sa mère, que l'écriture et la mère ont partie liée, qu'un écrivain dédie ses pages non pas à celle qui a vieilli quand il est lui-même en âge d'écrire et de publier, mais à la jeune femme qui l'a mis au monde, à celle dont ont l'a séparé le jour de sa naissance. L'air était pur et sec, je songeais à tous les livres que j'avais lus dans ma vie et qui m'amenaient là, dans un jardin visité la nuit par des renards qui avaient effrayé ma mère. Quand elle fit quelques progrès et que j'osai lui dire qu'une de ses phrases était incohérente, Maman me répondit : "Tu sais bien que j'ai toujours dit magnétophone pour magnétoscope !" Le dernier jour à la clinique tandis que nous attendions l'ambulance qui la conduirait au-dessus de Nice dans le centre où elle ferait de la rééducation, elle me dit avec un grand sourire : Je ne t'ai pas donné une fin pour ton livre, mais je t'ai donné une chute." A peine rétablie, elle se préoccupait de moi ! Madeleine m'avait confié que, bien avant sa chute, j'inquiétais Maman : "Elle a peur que tu n'arrives plus jamais à écrire, elle se fait du mauvais sang."...

 

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Published by Marianne - dans mes lectures
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